SES PREMIÈRES POÉSIES CHRÉTIENNES. — IL SE RETIRE EN ESPAGNE
Comme il arrive toujours après une grande lutte contre soi - même , suivie d'une grande victoire , Paulin, après son baptême, goûta une paix et une joie profondes. Il se sentait dans Tordre, dans le vrai, dans le bien. Il tressaillait. Et en même temps, comme il arrive aussi , une irradiation de lumière céleste récompensait cette victoire. A ces clartés nouvelles. Dieu, l'homme, la vie, toutes choses lui apparaissaient sous leur aspect véritable; la grande idée de Dieu maintenant le remplissait, et plus il en était occupé, plus il en était ravi. Tel est le caraclère de cette première conversion, ou plutôt tel fut son premier pas dans la vie chrétienne : s'arracher, selon son expression, à un loisir et à des travaux également vains \ à cette fascination de la vie commode
• Vanis otio aut negotio.
{Ad Ans., Poema x.)
et douce, mais futile, qui entraîne la foule, dans un grand oubli de soi-même et de Dieu : on va ainsi, insoucieux; les jours suivent les jours, la mort arrive, et on n'a pas vécu. Vivre désormais pour Dieu, le père de la vie, et pour son âme, pour la vraie fin de l'homme ', tel fut le changement profond constaté et confirmé par son baptême : à partir de ce jour, le charme des choses éternelles s'empara de lui pour jamais.
Il devait aller plus loin, mais il y arriva encore, il le dit lui - même , « peu à peu , à la façon d'un homme qui, avançant toujours et ne reculant jamais, insensiblement atteint un jour et franchit la frontière ^ » Nous avons vu par quel travail successif de sa pensée il devint chrétien; nous allons voir maintenant par quels nouveaux progrès il devint moine.
Une fois baptisé, il n'eut tout d'abord qu'un désir, qu'un rêve, une vie de calme et de retraite, où, délivré des choses qui troublent et dissipent, il pourrait s'appartenir à lui-même, et vaquer tranquillement au soin de son âme et au service de Dieu : « Enfin, dit-il, reposé des calomnies et des voyages, débarrassé du soin des affaires publiques, enlevé au tumulte du barreau, j'ai pu, dans la retraite, à la campagne, et dans la tranquille paix du foyer do-
1 Vivamus ut vil?e Patri.
{Ad Ans., Poema x.)
2 Paulatim jam quasi de finitima huic proposito via deraigraverim. [Epist. v, ad Severum.)