CHAPITRE CINQUIÈME
mestique, me livrer au service de Dieu. C'est de la sorte qu'ayant peu à peu retiré mon âme des agitations du siècle, je l'ai accommodée par degrés aux prescriptions de la loi divine '. »
En se faisant chrétien toutefois, Paulin avait entendu renoncer aux muses profanes, mais nullement à la poésie. Dans sa retraite, et au sein de la paix et de la joie qu'il goûtait, l'inspiration le visita; il reprit sa lyre et se mit à chanter; seulement ses chants n'étaient plus les mêmes : il avait changé la clef.
Si à peu près tout ce qu'il a fait de vers, sauf les exceptions que nous avons dites, si tout ce qu'il a écrit avant son baptême a péri, nous sommes dédommagés de cette perte : ses poésies chrétiennes nous restent. En ouvrant son âme à un autre souffle, il n'a pas fait tort à son génie *. C'est David qui
' Denique ut a calumniis et peregrinalionibus requiem capere visus sum, nec rébus publicis occupalus, et a fori strepitu remotus, ruris otium et Ecclesiœ cultum placila pace in secretia doniesticis celebravi : ut paulatim subduclo a secularibus turbis animo, prœceptisquc cœlestibus accommodalo, etc. (Epist. v, ad Severum.)
i 11 suffit donc qu'une naïveté ail échappé une fois à un savant, pour qu'elle soit sans cesse répétée! Le pieux P. Sacchini ne s'est- il pas avisé de dire que Paulin, après sa conversion, avait été moins bon poète qu'avant, et cela par humilité : Nec vero poetse florentis facullas existimanda est ex his quai exslcDil car minibus ex Evangelica simplicitate conditis post abdicalas Musas. {Vila S. Paulini, c. i, apud. Bol.) Dom Gervaise ne manque pas d'amplifier ce singulier jugement en deux pages absolument niaises (p. 30, 31). Le docteur Busé (S. Paulin et son siècle, p. 170) a grande raison de s'étonner qu'il ait pu être ré-
d'abord l'inspire, et il essaye de répéter sur la lyre latine quelques-uns des accents de la harpe inspirée : le Beatus vir qui non abiit , ce gracieux prélude du Psautier^; le Quare fremuerunl (jentes, ce chant de triomphe sur le Christ Roi ^ ; et enfin le Super flumina Bahylonis, ces soupirs des Hébreux captifs sur les fleuves de Babylone vers la chère patrie ^
Il demanda ensuite des inspirations à l'Évangile. A la frontière, pour ainsi dire, des deux Testaments apparaît une figure originale, grandiose, un prophète, et plus qu'un prophète, le plus grand des enfants des hommes, le Précurseur, Jean -Baptiste, dont la voix ébranlait le désert et préparait les voies à celui qui devait venir : l'àme de poète de Paulin fut frappée de cette figure , et le converti ne fut pas moins attiré que le poète vers ce grand modèle et héraut de la pénitence, dont la naissance
pélé par Le Brun cl par Tillemout. Mais qu'en sait donc le bon P. Sacchini, puisque toutes les poésies profanes de Paulin sont perdues, sauf les onze mauvais vers conservés par Ausone, el les deux petites pièces plus gracieuses à Gestidius? PoaI ahdlcalus Musas, dit Sacchini : les muses profanes, oui, mais pas la poésie, puisqu'il a fait des vers loute»sa vie. Et pourquoi donc le christianisme l'eiàl-il moins bien inspiré que la mythologie? Quant à l'humilité, sans dire avec M. Ampère : « J'ai peine à croire que la mortification d'un poète puisse aller jusque-là, » nous pouvons bien demander, nous, pourquoi il n'avait pas la même humilité quand il écrivait en prose?
1 Poema vu.
2 Poema viii.
3 Poema ix.