CHAPITRE CINQUIÈME
et la vie offrent tour à tour une si gracieuse et si sombre poésie. Certes , ni Paulin ni aucun poète n'égalera jamais ici la sublime simplicité de l'Evangile : le poème inachevé de Jean - Baptiste n'en est pas moins un bel et vigoureux essai poétique ^ Il s'y rencontre de remarquables vers sur la sainte Vierge -.
Nous nous arrêterons un peu plus sur les poésies qui suivirent, parce qu'elles ne nous le montrent pas seulement abjurant pour une inspiration meilleure les muses profanes , elles nous révèlent encore l'état vrai de son âme après sa conversion, et nous permettent de suivre les premiers progrès de sa pensée chrétienne. Les trois poèmes où nous pouvons faire cette double étude sont une Prière du
1 Inachevé, ou plulôt parvenu à nous incomplet; car il s'arrête avant la mort si dramatique du prophète : il est difficile de croire que Paulin ait écarté ce dénouement, pour écrire un poème sans conclusion.
2 Ad Mariam molitur iler, quœ sponsa marito, Sed mage lecta Deo, miindi parilura salutem, Virgo illibatum servabat casta pudorem... Virginibus cunctis felicior orbe puella, Magno lecta Deo, matef dicaris ut ejus, Cujus et ille Pater! Félix, âge, concipe pondus, ImpoUuta viro : corpus tua viscera praestent * Illi qui cœlum, terras, mare, sidéra fecit;
Qui semper fuit, et nunc est, et tempore in omni Semper erit : mundi Dominus lucisquo crealor, Et lux ipse polo, per te mortalia membra Induet, alque ocuios hominum cœtusque subibit; Imperturbatos tautarum in prœmia laudum Toile animes : dabitille tibi viresque fldemque. . {Dr. S. Jnnnite Buptisla, Poema vi.)
matin à Dieu, une autre Prière plus étendue , et enfin une troisième poésie qui n'a pas été connue des anciens éditeurs de saint Paulin, car elle n'a été découverte et publiée que récemment, en 1827, par ce célèbre cardinal Angelo Mai , sous ce titre : A Dieu, après sa conversion el son hapiéme : rauthenticité en est incontestable '.
Quand il écrivit le premier de ces poèmes, la Prière du matin, Paulin ne songeait pas à quitter le monde ni ses biens ; l'idée du célibat dans, le mariage est loin de lui; il désire encore être père; la doctrine du dépouillement et de la croix ne lui est point connue : ce qu'il demande à Dieu, c'est, avec une conscience et une vie pures, avec la préservation du mal et la pratique du bien , ces avantages dont on peut jouir sans l'offenser, et en lui rendant grâces : point de jours tristes, ni de nuits inquiètes; point de souffrances ni dans l'âme ni dans le corps ; la joie à son foyer, une épouse chaste, des fils chéris ^ C'est plus qu'un honnête homme, c'est un croyant, il prie; mais il n'en est encore qu'aux préceptes, soit de la morale, soit de la religion; il ne s'élève pas plus haut.
La seconde prière^ montre déjà un progrès; le langage est plus chrétien : ce n'est pas seulement le
1 Le cardinal Maï a publié sous le nom de Paulin un autre poème, mais qui, manifestement, n'est pas de lui.
2 Adsit laeta domus...
Morigera et conjux, et dulces de conjuge nati,
[Ad Dcum matutina precalio, Poema iv.) ■* Ad Dcum alla precalio, Poema v.
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tout -puissant Créateur des choses, le Dieu de la philosophie comme de la foi , que Paulin invoque :
Omnipotens Genitor, rerum cui summa polestas;
c'est le Dieu du christianisme, le Dieu en trois personnes :
Si te Dominique Deique Unigeniti cognosco Patrem, mixtumque duobus Qui super eequoreas volitabat Spiritus undas.
C'est le Christ rédempteur, descendu sur la terre pour nous faire remonter avec lui, dans nos corps et dans- nos âmes, le chemin perdu de l'élernelle vie :
Esse iter seternœ docuit renieabile vit^e.
Et à ce Dieu, ce que Paulin, avant tout, demande, c'est encore une âme invincible au mal, à tout mal, même au plus caché, si quelque chose peut être caché à Celui qui voit tout :
Da, Pater, inviclam contra omnia crimin» menleçn :
C'est de plus le pardon du mal commis, un cœur contrit et repentant :
Da, Genitor, veniam, cruciataque pectora purga;
Et pour son âme, quand les tristes liens de ce corps seront brisés, un essor vers les cieux :
Pande viani qua me, post vincula corporis segri. In sublime ferar;
Et de même que. les espérances éternelles dominent plus dans son âme, en ce qui touche la vie présente
ses vœux paraissent plus modérés : déjà son cœur est détaché des richesses :
Sitn tenui victu atquehabitu; Mais non pas des douceurs de l'amitié :
Sim carus amicis ; Encore moins des désirs de la paternité :
Et semper genilor sine vulnere nominis hujus;
Et enfin, ces vœux qu'il fait, dit-il, d'un cœur tremblant, comme un pécheur qu'il est, selon l'usage de l'Église dans ses prières publiques, c'est au Christ qu'il demande de les porler au pied du trône de son Père :
Htec pia, sed mœslo trepidantia vota reatu, Christe, apud œternum placabilis assere Patrem.
On sent, dans les vers qui suivent et qui terminent cette prière, qu'il fréquente maintenant l'assemblée sainte, et qu'il mêle sa voix aux chants unanimes du peuple fidèle :
Consona quem célébrai modulalo carminé plèbes, Et responsuris ferit ocra vocibiis nineii.
Le troisième poème nous montre Paulin s'élevant encore plus haut, et dans la poésie et dans le sentiment religieux. Après une magnifique invocation à Dieu , où l'on sent combien en face de ce culte des fausses divinités, dont il a vu au sénat les derniers et obstinés défenseurs, qui rougit du sang impur des animaux ses autels , et cherche encore l'avenir