‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 66 sur 186 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

comme un loup dévorant dans une bergerie ouverte-, ou comme le lion qui s'élance rapide de ses antres secrets, s'il voit errer dans la campagne un troupeau sans pasteur ^ »

A ces gémissements, à ces plaintes, succède la prière, une prière vraiment chrétienne enfin, où apparaît déjà plus que le désenchantement, le détachement, et où se retrouvent,- encore plus accusées, ces teintes de mélancolie religieuse que nous rencontrions tout à l'heure :

« Mais toi, Dieu saint, si ma prière est sincère, si je n'ai pas une chose sur les lèvres et une autre dans le cœur, je frappe, ouvre; je demande, accorde; je cherche, fais-moi trouver. Ce que je désire, ce n'est plus l'or, ni les diamants, ni l'opulence des rois, ni les trésors de ce monde; non, je n'aspire plus à voir marcher devant moi les faisceaux du licteur et les haches consulaires, porté sur un coursier brillant qui attire les regards; ni à inscrire mon nom pour la postérité sur les fastes; ni à ouvrir à la foule des patriciens mes portiques superbes, et à goûter du moins cette douce volupté : que j'aie ce qui suffît, je m'en contente; une longue vie, avec toutes ces joies qui flattent trop les sens, ce n'est plus là mon ambition. Que sont ces choses ? Plus rapides que les jours d'hiver, plus éphémères que les fleurs touchées des souffles rigoureux, elles passent! Même au sein de ces délices, courte est la vie; puis c'est la mort, et les

1 Classicoriim auclorum e Vaticanis codicihus edUorum t. V, Piomœ 1833, p. 369 et seq.

peines éLernclles. 11 se condamne lui-même celui qui demande des choses périssables. Donne- moi plutôt, ô Dieu, un cœur docile; éclaire- moi de ta lumière; mortifie ces membres qui mortifient mon âme; calme ses inquiétudes ; dirige mes pas chancelants : je crois, donne-moi une foi plus vive encore; que je sois un ami zélé de la justice, un gardien sévère de la vérité; que mes sens soient purs, et mon cœur sans souillures; donne-moi la simplicité, la probité, la patience, une conscience sûre d'elle-même, la piété, l'amour de toutes les saintes choses '. »

Il n'y a pas jusqu'à ces habitudes de prudence évangélique, armant l'àme contre ses faiblesses des fortes pensées de l'éternité , de la mort toujours me-

1 Non auras gemmasque velim, non dilia regum

Régna, nec immensas qiias habet orbis opes; Non ut densatos fasces, curvasque securcs

Pone sequar, celsis conspiciendus equis; Non ut servandi signent mea nomina faslus,

Turbaque nobilium limina nostra terat, Non ut sic saltem subrepat blanda voluplas :

Sed mihi contenlo quod satis est habeam. Non longum vitae cursum, non gaudia qusero

Corporeis nimiuni congriia deliciis, Hibernis tolum citius cum transeat umbris,

Floribus et rigidi quos habuere Noti.

In quis, vita brevis, post vitam pœna perennis :

Ipsum se damnât qui peritura rogat.' Da potius sensus dociles, da lumina menti,

Da morlem membris quae perimunt animani... Sit mihi juslitiae sludium , cuslodia veri,

Sit corpus purum , sil sine labe animus...

{Classicomm auclorum e Valicanis cocUcihus cdiiorum t. V, Romœ 1833, p. 36'J et seq.

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