CHAPITRE CINQUIÈME llS
naçante, et du jugement, qui ne se retrouvent dans ce chant chrétien :
« Ainsi humilié sous le regard de Dieu , soit le matin, soit le soir, ma pensée sera à ma sainte milice. Chaque nuit qui me couvrira de ses ombres, je songerai qu'elle peut être la dernière; à chaque nouvelle aurore je me dirai : Aujourd'hui je puis mourir; et toule pensée du mal s'évanouira si je regarde en tremblant ce jugement qui m'attend, tout à l'heure peut-être '. »
Nous croyons saisir ici la trace du travail secret de Delphinus et d'Amandus formant graduellement leur néophyte à la forte vie chrétienne, et le plaçant aux points de vue sérieux, décisifs, qui ont de tout temps fait les saints : comme nous le saisissons aussi dans ces précisions, plus exactes, il en faut convenir, que poétiques, sur la Trinité et l'Incarnation, qui témoignent dans ce chrétien si récemment baptisé d'une connaissance étonnante du langage théologique. Les contemporains d'Hilaire de Poitiers ne craignaient évidemment rien tant que l'invasion de l'arianisme dans les Gaules, et n'oubliaient rien pour en prémunir leurs néophytes.
Le poème se termine par des vœux pleins du plus ardent amour de Dieu :
« Que tout en moi, désirs, paroles, actions, soient ce que vous voulez, a mon Dieu ! et surtout votre amour ! Si je n'en suis pas indigne, au plus profond
1 Clnssirorum auctorum e Valicanis codicibus edllorum t. V, Romœ 1833, p. 160 et seq.
lin HISTOIRE DE SAINT PAULIN DE NOLE
de mes entrailles, au plus intime de mon cire, entrez, pénétrez tout entier ^ »
Suivent des vers bien dignes de ce cœur si profondément touché par l'amour :
« Elle cherchait, triste, à la lueur de sa lampe, sa drachme perdue, cette pauvre femme, et, l'ayant trouvée, elle se réjouit. Il n'a pas dédaigné l'unique brebis qui s'était égarée, ce pasteur qui comptait cent autres brebis, et, quoique sa perte fût légère, sa joie fut grande de courber ses épaules sous ce doux fardeau. Et -ce père, quand le prodigue revint après avoir dissipé tout son héritage, il témoigna sa joie par un copieux festin. Et je mettrais en doute que votre amour, ô Père, ne veille pas par tout l'univers à ce que pas un de ceux qui ont cru en vous ne périsse M »
Tels sont les premiers accents de la muse chrétienne de Paulin, et, bien que ce ne soient encore que des préludes, on voit déjà, évidemment, qu'en revenant à Dieu , il n'a pas seulement renouvelé son âme, il a en outre régénéré sa poésie, « par les déchirements intérieurs que lui a coûtés sa conversion % » et plus encore, parce que, en se détour-
1 Ut mihi visceribus lotis, totisque nieduUis,
Si mereor, totum te, Pater, insinues.
[CJassicorum audorum e Vaticanis codicibus edilorum t. V, Romse 1833, p. 369 et seq.)
2 Ibid. — Des théologiens rigoristes ont voulu voir là une erreur doctrinale. Elle y sera si on l'y met. Ces paroles sont susceptibles aussi d'un sens parfaitement orthodoxe.
' Ozanam.