CHAPITRE CINQUIÈME
nant d'une source tarie, de ces fictions mythologiques usées, auxquelles les poètes eux-mêmes ne croyaient plus, et qui ne pouvaient enfanter qu'une poésie artificielle et morte, il a trouvé une source meilleure, et des premiers s'y est abreuvé à longs traits. Prudence, qui viendra après, aura plus de souffle et de vigueur; mais le précurseur, c'est Paulin; il a ouvert des horizons nouveaux, où, quand le temps sera venu, le génie chrétien déploiera ses ailes et prendra un sublime essor. Nous assistons aux origines d'une grande chose : la poésie chrétienne s'est levée sur le monde.
Mais ce qui nous intéresse, nous, historien, plus encore que la question d'art, ce que nous avons surtout voulu chercher dans ces premières poésies religieuses de Paulin, c'est l'état d'âme qu'elles révèlent, et le progrès chez lui de la pensée et du sentiment chrétiens. On le voit, il marche, il avance. Il se tient d'abord au premier degré, et dans les vœux du converti les préoccupations terrestres ne sont plus qu'à leur place, mais elles y sont. Peu à peu, à mesure qu'il médite Dieu et les choses divines, ses pensées se modifient, le sentiment de la pénitence le pénètre et amène insensiblement le détachement; les choses de la vie présente à ses yeux pâlissent; le point de vue de l'éternité le domine : il est sur la voie qui conduit au dépouillement.
Dans ces dispositions nouvelles, un grand besoin de recueillement et de silence se faisait sentir à lui : mais ses relations étaient trop étendues, et Hébromagus trop voisin de Bordeaux, pour que sa solitude
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ne fût pas sans cesse envahie, et ses méditations troublées. Du reste, sa conversion n'avait pas été du goût de tout le monde, et lui avait suscité les plus pénibles contradictions. Quand on le vit abandonner le barreau et les affaires, se retirer à la campagne, et se faire une vie austère jusqu'au ridicule pour ces opulents Gallo- Romains, dont l'imparfait christianisme s'accommodait si- bien du luxe et des plaisirs, et si peu de la doctrine du sacrifice, ce fut autour de lui un concert de désapprobation et de moqueries. Ses amis finissaient par lui tourner le dos; ses proches l'invectivaient; et ceux qui passaient devant lui passaient, dit-il, comme le torrent, sans s'arrêtera Pour ces différentes raisons, l'éloignement parut nécessaire , et Therasia conseillait fortement de mener celte vie nouvelle sous un ciel nouveau, et de mettre les Pyrénées entre lui et les railleries ou les poursuites obstinées du monde. C'était un grand parti à prendre. Après y avoir bien pensé, Paulin s'y décida, et pour y préluder, il commença à faire vendre quelques - uns de ses biens en Aquitaine : c'est ce que nous apprennent les plaintes poétiques qu'Ausone ne tardera pas à élever contre son infidèle ami. Puis il partit pour l'Espagne, où il espérait que, moins connu, il pourrait mener plus facilement la vie de solitude et de méditation à laquelle il aspirait. On peut placer cette retraite définitive en Espagne vers l'an 390 K
1 Epist. vu.
- Dom Gervaise prétend qu' » il ne voulut pas exécuter ce