CHAPITRE CINQUIÈME
veau en Occident les armes de Théodose, et souleva en fouie, dans l'Espagne et dans les Gaules, des résistances. C'est à ces troubles qu'il faut rapporter ce que Paulin dit de la mort tragique de son frère; car ce fatal événement n'a pu arriver avant la retraite de Paulin en Espagne : nous avons, en effet, deux raisons de croire que son frère, à ce moment, vivait encore; la première, c'est que, très probablement, il avait été baptisé en même temps que lui par Delphinus; la seconde c'est qu'Ausone, nous le verrons, en parle encore dans une des lettres qu'il écrivit à Paulin , après que celui-ci eut quitté Bordeaux ; ni après son arrivée à Noie, puisque, selon le xiii« Natale, cette mort est antérieure à son départ pour l'Italie. C'est donc pendant son séjour en Espagne que ce frère périt. Or on ne voit pas alors d'autre événement politique que les troubles dont nous avons parlé, qui ait pu amener cette mort violente. Paulin fut enveloppé dans la catastrophe et faillit y périr aussi. « La confraternité de sang, dit-il, amena la communauté du péril, et déjà le gouverneur étendait une main avide sur mes biens ; mais Félix arracha ma tête au glaive et mon patrimoine au fisc<. » Il ne nous en a pas dit davantage sur cet événement-.
1 Cumque laborarem germani sanguine caesi, Et consanguineum pareret fraterna periclum Causa mihi, censumque meum jam rector adisset. Tu mea colla pater gladio, patrimonia fîsco Eximis. {Natale xiii.)
- Quelques auteurs ont supposé, et celle hypothèse a trouvé
Il l'apprit par des lettres que Delphinus et Amandus se hâtèrent de lui expédier au delà des Pyrénées. Ces deux vrais amis connaissaient trop la tendresse de ce cœur pour l'oublier dans un deuil qu'ils savaient devoir l'atteindre si profondément. Nous possédons les réponses qu'il leur fit; la sensibilité de son âme y éclate, en même temps que la vivacité de sa foi. Ce frère était un chrétien médiocre. « Oui, ma douleur est grande, disait Paulin à Delphinus; mais ce que je pleure, c'est moins encore la mort de mon infortuné frère que sa négligence pour le soin capital de son âme^ L'accessoire, c'est ce qu'il faisait passer avant tout, et ce qu'il faut faire passer avant tout, c'est ce qui était pour lui l'accessoire; son âme, voilà quelle aurait dû être sa première préoccupation ; la fortune de ses fils ensuite*. » Paulin le recommandait donc instam-
place dans un ouvrage récemment publié en -Allemagne par le docteur Adolf Ebert ( Geschiehle der Chrisllich-lateinischen literaiur, etc., Leipzig, 1874 J , que Paulin fut accusé d'avoir été lui-même le meurtrier de son frère. Cette supposition irréfléchie est aussi odieuse qu'inadmissible. Qui donc, alors que Paulin avait commencé à vendre ses biens, alors qu'en Gaule, les lettres d'Ausone en font foi, on lui reprochait l'excès de sa piété, qui donc eût pu imaginer d'intenter contre lui une aussi absurde accusation? Nous avons donné la vraie explication du péril qu'il courut à cette époque.
1 De negligentia ejus spiritali. (Epist. xxxv, ad Delithiniim.) - Posthabenda praeposuit, et prœponenda posthabuit. Quem et oportuit potiora illa pro se curare, et hœc temporalia pro filiis non prœtermittere [Ibid.] On croit savoir ce qu'est devenu au moins l'un de ces fils. On a conjecturé, avec sagacité et vraisemblance, que le Pontius Leontius, l'ami de Sidoine Apolli-