‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 76 sur 186 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

sens, ou dans l'àme? Leurs âmes n'en seraient-elles pas que plus étroitement unies? Dieu ne formerait-il pas entre elles le plus tendre et le plus doux des liens? Pourquoi faire à demi leur sacrifice, et, voulant se dépouiller de tout, garder une dernière attache? Celte dernière attache rompue, comme ils monteraient tous deux d'un vol plus plein et plus droit vers Dieu ! Que de beaux exemples d'ailleurs ils en avaient, à Rome, dans les Gaules, en Espagne même ! Cette fleur exquise de la continence dans le mariage s'épanouissait, en effet, partout dans l'Église primitive, comme par une effusion surabondante de cet esprit chrétien qui, pour mieux prouver la vertu régénératrice dont il est doué, peuplait de vierges les solitudes, et introduisait l'esprit virginal jusque dans la famille elle-même. Se quitter donc, non, jamais; mais, demeurant unis toujours par la partie la plus divine de leur être, et retrempant sans cesse cette pure affection à sa source la plus haute, se faire l'un à l'autre une salutaire compagnie , dans une communauté toute spirituelle de pensées et de prières, c'est-à-dire n'être plus l'un pour l'autre qu'une frère et une sœur, telle fut la seconde et héroïque résolution à laquelle ils s'arrêtèrent.

Ce fut alors que, selon l'expression de saint Ambroise et de saint Jérôme, Paulin « changea son habit avec son âme \ et coupa ses cheveux; c'està-dire qu'il prit l'habit et l'extérieur des moines. Il

1 Saint Ambroise , Epist. ad Sahinum. — Saint Jérôme, Epist. ad Paulmu-m : Tunicani mutas cum animo.

ne paraît pas que, pendant les cinq premiers siècles, les ecclésiastiques , en dehors de leurs fonctions sacrées , eussent des vêtements différents de ceux des laïques, si ce n'est par la modestie et la. pauvreté; mais les moines, dès l'origine, prirent un habillement particulier, qui les désignait souvent aux railleries de la foule; plus étroit, plus grossiei', de couleur sombre; habit de deuil, d'hommes déjà morts au monde et comme ensevelis ; « morts en effet, dit un écrivain du temps, l'auteur inconnu de la lettre aux filles de Gerontius faussement attribuée à saint Jérôme, morts à la vie du vieil homme, mais pour ressusciter un jour avec le Christ à l'élernelle vie. » 11 est certain qu'il se fit alors chez Paulin un changement mémorable, et dont il a parlé en de tels termes, qu'un de ses historiens, le P. Sacchini, a cru qu'il s'agissait de son baptême : « Ce fut alors, selon ses propres paroles à Alypius, dans une lettre dont nous parlerons bientôt, qu'il passa des ténèbres à la lumière, qu'il revint véritablement à la vie; qu'il mit la main à la charrue, et qu'il prit la croix du Maître ^ »

Est-ce en ce temps-là aussi que Paulin composa le charmant poème qu'on trouve dans les éditions de ses œuvres sous ce titre : Exhortation à son épouse pour se consacrer tout entière à Dieu'^? Avec les

1 De tenebris et umbra mortis educlurn spiritum aura; vitalis hausisse... posuisse in aralro manum, cl crucem Domini suslulisse. {Ad Alyplum, Epist. iv.)

2 liosweyde avait, sans hcsiter, inséré ce poème dans son édi-

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