‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 77 sur 186 · CHAPITRE SlXlÈMli · texte numérisé non relu

CHAPITRE SlXlÈMli

meilleurs critiques, nous regardons comme certain que ce poème doit lui être maintenu. Nous y trouvons une quantité d'expressions qui se rencontrent dans ses autres ouvrages; des sentiments pleinement analogues à ceux de Therasia et de lui à cette époque; et si l'exhortation, d'ordinaire, venait de Therasia, pourquoi, par un juste retour, Paulin ne lui eût- il pas rendu un jour poétiquement ses conseils?

« Allons, lui disait- il, chère et inséparable compagne de mes jours, il en est temps; celte vie, si Iroublée et si courte, consacrons-la au Seigneur Dieu. Tu vois combien rapides roulent les jours; les choses de ce monde fragile s'altèrent, périssent, s'en vont; ce que nous tenons nous échappe, et sans retour. Inquiètes, errantes, nos âmes sont le jouet d'apparences vaines. Où est aujourd'hui l'image des choses d'hier? Où sont les puissantes fortunes dont la possession charmait les âmes séduites '? »

lion des œuvres de saint Paulin. Lebrun a eu quelques scrupules. Muralori, en particulier, nous paraît avoir répondu pleinement aux scrupules de Lebrun et des autres. L'objection tirée de la peinture des malheurs du temps n'est pas solide; et d'ailleurs le poêle ne parle pas de la Gaule exclusivement. Ses sentiments sont entièrement conformes à ceux de Paulin; et les ingénieux rapprochements qu'on a pu faire, et que Lebrun luimême a indiqués, entre de nombreuses expressions de ce poème et les autres poèmes incontestés de Paulin, sont, selon nous, décisifs.

^ Age, jam precor, mcarum

Comes irremota rerum,

Trepidam brevemque vitam

Après ce lyrique début, le poète mettait en contraste, d'une pari, les malheurs publics et privés d'un siècle qui fut assurément un des plus calainiteux, et l'essentielle vanité et caducité des choses humaines elles-mêmes; de l'autre, la sagesse et la raison de ceux qui, échappant à ces ruines et sacrifiant ces vanités, plaçaient toute leur confiance et tout leur espoir en Dieu et dans les choses éternelles. Et il concluait par ces vers, d'une délicatesse exquise, inspiration du plus pur esprit chrétien :

« 0 fidèle compagne, avec moi prépare -toi à ces luttes, toi que Dieu a donnée pour appui à ma faiblesse. Entoure -moi de ta sollicitude : si je m'emporte, sache me contenir, et si je suis triste, me consoler; et tous les deux donnons l'exemple d'une vie chrétienne. Par une douce réciprocité, sois la gardienne de ton gardien; si je tombe relève- moi; je le •relèverai si tu tombes toi-même. Ne soyons pas seu-

Domino Deo dicemus.

Cclcri vides rolalu Rapides dies nieare , Fragilisque membra mundi Minui, perire, labi. Fugil omne quod tenemus, Ncquc [luxa habent recursum :

Cupidas vagasque mentes Specie trahunl inani.

Ubi nunc imago rerum est?

Ubi sunt opes potentum Quibus occupare captas Animas fuit voluptas?

Lebrun, t. 11, Appendic, Poema i, Ad conjugem.)

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