‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 79 sur 186 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

comme une solution providentiellement indiquée à sa vie et déjà toute préparée. Cette idée, une fois entrée dans son esprit, ne le quittera plus, et y mûrira en silence.

Cependant, dans cette voie étroite où il était si héroïquement entré, Paulin se sentait inexpérimenté et parfois hésitant; il avait besoin de conseils, de guide : ce guide, où le trouver? Ce fut alors qu'il songea à se tourner vers saint Jérôme.

Le grand nom de Jérôme remplissait l'Occident : la grotte de Bethléhem , où il avait cru se cacher, le mettait en vue au monde entier. On s'arrachait ses écrits : l'Espagne n'en était pas moins avide que l'Italie, l'Afrique et la Gaule; et à cette époque -là même, un jeune et noble Espagnol, nommé Lucinius, que la gpàce de Dieu avait saisi, ainsi que sa femme Théodora, venait d'envoyer à Bethléhem six copistes, afln de se procurer tout ce qui était sorti de la plume do Jérôme. Une correspondance touchante s'établit entre eux. Jérôme les poussait résolument aux voies exceptionnelles: il écrivait à Lucinius : (i Votre compagne, votre épouse autrefois selon la chair, est maintenant votre sœur et non plus votre épouse, et , avec un courage tout viril , devenue votre égale, elle marche avec vous, sous le même joug que vous, au royaume céleste '. » Il fit plus, il les appela

1 Ilabes tecum priu3 in carne, nunc in spiritu sociam de conjuge germanam, de femina virum, de subjecta parem, quœ sub eodem jugo ad cœleslia simul régna CesUnal, (S. Jérôme, Lettre à Lucinius.)

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aux lieux saints, et son appel fut entendu. Ils se disposaient à partir, quand tout à coup Lucinius mourut, et à sa place ce fut le messager de sa mort qui arriva à Bethléhcm. Jérôme fut navré, et il écrivit à la jeune veuve une lettre bien digne de son grand esprit et de son grand cœur : « Pleurez, lui disait-il , Lucinius comme on pleure un frère; mais réjouissezvous aussi, car il règne avec Jésus-Christ, et, du haut du ciel, vainqueur, il vous regarde, il sourit à vos luttes, et il vous prépare près de lui une place avec le même délicat amour qui, sur la terre même , de votre époux en avait fait votre frère, et de vous sa sœur'. »

Paulin eut -il connaissance de cette correspondance? On ne peut guère douter du moins que, s'étant trouvé à Rome, comme nous l'avons dit, quand Jérôme revint d'Orient, en 382, il n'eût entendu parler de lui, et même qu'il n'ait connu, soil alors, soit plus tard, ces lettres du désert que le pape Damase copiait de sa main , que les patriciennes , comme Fabiola , apprenaient par cœur. Ne venonsnous pas d'entendre tout à l'heure, dans les terreurs de Paulin à la pensée du jugement de Dieu, comme un écho de ces lettres? En tout cas, soit pour l'emploi que Paulin entendait faire des loisirs de sa

1 Lucinium tuum desideres quidem ut fratrem, sed gaudeas regnare cum Christo... Ille jani securus et victor le aspicit de excelso, et favet lalioranli; et jiixta se locum prseparat, eodem amore et charitale qua, oblitus officii conjugalis, in terra quoque sororem te habere cœperat, imo tu illum fratrem. ( S.Jérôme, Ldtre à Thêodora. — Voir nos Lettres choisies de S. Jérôme.)

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