CHAPITRE SIXIÈME l'il
nouvelle vie , soit pour la direction de cette vie ellemême, il ne pouvait pas s'adresser à un plus grand maître. Il envoya donc un messager à Bethléhem.
Il racontait dans sa lettre sa vie, son baptême, sa retraite en Espagne, son abdication définitive des muses profanes, sa résolution enfin de vendre ses biens, et de suivre, avec Therasia, les conseils évangéliques. Mais fallait-il tout vendre, et tout de suite? Et l'Écriture sainte, ce champ nouveau et vaste où il venait d'entrer, comment s'y orienter? Gomment arriver à l'intelligence de ces saints livres? Il posait à Jérôme toutes ces questions.
Sa lettre ravit Jérôme, il en parla avec admiration à ses moines. Justement, parmi les hommes distingués que le dégoût de l'inutile vie du siècle et l'ambition des travaux utiles avaient groupés autour du grand solitaire, il s'en trouvait un, Eusèbe de Crémone, qui, en Italie, avait connu, et par conséquent aimé Paulin: il dit à Jérôme toute la considération dont il avait joui autrefois, et tout ce qu'il y avait de noblesse et de tendresse dans ce cœur; Eusèbe affirmait qu'il ne connaissait personne plus sûr en amitié : Paulin se trahissait d'ailleurs par son accent, parlant tout d'abord le langage d'un ancien et fidèle ami ' ; quant au talent de l'écrivain, Eusèbe n'avait rien à en dire, il apparaissait assez par la lettre elle-même-.
1 Suavissimas litteras, qnad a principio amicitiarum fidem jain probitae fidei et veteris amicitiœ prœf'erebant. (S. Jérôme, Lettrr à Paulin; la ^>0<= de Tédition bi'nédicline.)
- Prudenliam et eloquii venustatem , etiani absque illo (Euse-
Ii2 HISTOIRE DE SAINT PAULIN DE NOLE
Jérôme répondit avec précision aux questions de Paulin, et lui donna de sages avis pour la direction soit de son esprit, soit de sa vie. Et d'abord, quant à l'emploi de son intelligence, loin de lui conseiller de fermer les livres et de jeter sa plume, il déclarait au contraire la science préférable à une ignorante simplicité: « Un esprit avide d'instruction, disait-il, n'eût-il personne pour l'instruire, s'honore par cela même. La sainteté avec l'ignorance n'est bonne qu'à elle-même, et si elle édifie l'Église de Dieu , elle peut lui nuire aussi , ne sachant pas la défendre. Voyez quelle distance il y a entre la sainteté sans la science et la science accompagnée de la sainteté. L'une est comparée dans l'Écriture aux simples étoiles, l'autre au firmament lui-même. » Mais cette science, c'est aux saints livres qu'il la faut demander; et comme deux choses auraient pu arrêter dans cette étude l'é-
Ijio), ipsa epistola prœferebal. (S. Jér., Lettre à Paulin; oO« de Véà. bén.) — Lebrun place, ainsi que nous l'avons fait dans notre Histoire de sainte Paule, et dans nos Lettres choisies de saint Jérôme, cette lettre 50« de l'édition bénédictine avant la 49=, Le docteur Busé prétend {Saint Paulin et son siècle, c. x, p. 279, note 2) que les raisons de Lebrun ne sont <( guère solides ». Le docteur n'y a pas assez regardé. Ces mots a principio amicitiarum désignent évidemment le commencement de la correspondance. De plus, la lettre qui est la 49» dans l'édition de dom Martianay était accompagnée d'un grand écrit de Paulin, un panégyrique de Théodose. Si Jérôme avait déjà écrit à Paulin tout ce qu'il lui dit de ce discours, comment, dans la lettre qui nous occupe, aurait-il pu dire : « Pour juger votre style, nous n'avions pas besoin du témoignage d'Eusèbe, votre lettre parlait d'ellemême? » Le panégyrique aurait déjà assez parlé. Cette lettre 50"^ est donc la première, et doit être placée avant la 49'^.