CHAPITRE SIXIÈME
mit à son ordination une condition, celle que saint Jérôme avait mise à la sienne lorsque l'évêque d'Antioche Paulin voulut lui conférer le sacerdoce, c'est qu'il n'appartiendrait au clergé d'aucune église ; la condition fut acceptée , et Paulin ordonné prêtre à l'instant même par l'évêque de Barcino, Lampadius. Quant à Therasia , elle ne pouvait se refuser à l'obligation qui allait résulter pour ellemême de cette ordination, puisque cette obligation, les deux époux se l'étaient déjà volontairement imposée ^ .
Cette ordination n'était pas régulière; les canons avaient établi des degrés qu'il fallait franchir avant de s'élever au sacerdoce, et ils interdisaient les ordinations per saltum. Le concile de Sardique, tenu l'an 348, était formel sur ce point. Le pape Sirice, qui occupait alors la chaire de saint Pierre, avait prescrit lui-même d'observer les interstices. Ce ne fut guère cependant que sous Grégoire le Grand que cette discipline triompha définitivement : saint Ambroise avait été baptisé et consacré évêque en huit jours. Pour un homme tel que Paulin, l'évêque de Barcino jugea qu'il y avait lieu de faire exception aux règles : de cette irrégularité, Paulin, évidemment, n'était en rien responsable : il avait courbé la tête, et pas autre chose.
Dans quels sentiments reçut- il cette ordination?
^ Episcopi, presbyteri, diaconi, aut virgines eligunlur, aut vidui, aut cerle post sacerdolium in seternum pudici. (S. Jérôme, Epist. ad Pammachlum.)
Comment envisagea-t-il le sacerdoce? Grâce à Dieu, nous le savons. Deux lettres qu'il écrivit alors à ses deux plus intimes amis, Sulpice Sévère et Amandus, et qui par bonheur nous ont été conservées , nous permettent de lire dans son âme. Quand il vit ce que réclamait la voix du peuple, qui fut pour lui ce jour-là la voix de Dieu, à l'exemple des saints, qui tous ont tremblé devant le sacerdoce, il fut d'abord dans la consternation; mais comme enfin le devoir de l'homme, quand l'appel divin se fait entendre, est d'obéir, laissant succéder dans son âme la confiance à l'épouvante, et espérant que Celui qui voulait bien l'appeler, tout indigne qu'il était, à un tel honneur et à un tel fardeau, daignerait aussi l'en rendre digne, il ne crut pas devoir soustraire sa tête au joug qui lui était imposé; c'est dans sa lettre à Sulpice Sévère qu'il exprime ces beaux sentiments : « Depuis tes dernières lettres, lui écrivait-il, le jour où le Seigneur a daigné naître selon la chair, saisi, il le sait, par une violence soudaine du peuple, j'ai reçu le sacerdoce, bien malgré moi, je l'avoue; non par dédain du titre, moi qui, je l'en atteste, souhaitais commencer par le nom et l'office de portier le service divin; mais ayant, tu le sais, un autre dessein, et songeant à aller fixer ailleurs ma vie, je me suis senti tout plein d'épouvante devant cette manifestation d'une nouvelle et bien imprévue volonté de Dieu. Cependant il a bien fallu courber la tête sous le joug du Christ. » Paulin poursuit, et décrit ainsi la dignité du sacerdoce, telle que sa foi la lui révèle :