‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 88 sur 186 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

toutes nos préférences; c'est lui qu'il faut craindre, c'est lui qu'il faut aimer. Toutes ces stériles agitalions que le travail de la vie amène sur les pas du temps, s'évanouissentdevant la foi à cette éternelle vie qui nous est destinée. Vous croyez que nous méprisons les biens de la vie comme profanes et vils : nous les aimons autrement et mieux ; nous les plaçons au ciel, nous les confions au Christ, qui a promis beaucoup, et donnera davantage. »

C'est le mot même de Corneille, dans Polyeucie, el ce rapprochement est inévitable :

Vous promettez beaucoup et donnez davantage; Vos biens ne sont point inconstants, Et rheureux trépas que j'attends Ne vous sert que d'un doux passage Pour nous introduire au partage Qui nous rend à jamais contents.

{Édition de M. Régnier.)

Après ces beaux et poétiques accents, Paulin poursuit, répondant à un dur reproche d'Ausone :

« Moi un impie , parce que je suis devenu chrétien! Mais la piété c'est de l'être, l'impiété de ne l'être pas. Et si la piété, c'est tout le christianisme, je pourrais, ô mon père, en manquer envers vous, à qui Dieu même veut que je reconnaisse les plus saints droits et que je donne les plus chers noms ! Oui, je vous dois mes études, mes dignités, mon savoir, la gloire de ma parole, de ma toge, de mon nom; c'est vous qui m'avez nourri, instruit, élevé;

VOUS êtes mon patron, mon inslituleur, mon père '. » Mais il y a des droits plus hauts, des devoirs plus saints, un plus grand maître.

Du vers iam^ique, Paulin passe ensuite au majestueux hexamètre :

« Si vous désirez mon retour, ô mon père, demandez-le à qui peut vous l'accorder. Invoquer les Muses, vaines divinités qui n'en ont que le nom, sourdes et impuissantes, c'est invoquer le néant; les vents emportent ces stériles prières. Les vœux qui ne s'adressent pas au Dieu véritable se perdent dans les nuages, et ne pénètrent pas jusqu'au palais étoile du céleste Roi. Tournez votre regard et votre prière vers Celui dont le tonnerre secoue les voûtes enflammées du ciel, qui fait briller les triples lueurs de la foudre, et ne se contente pas d'ébranler les airs d'un vain bruit; qui prodigue à nos moissons les vents et les soleils; qui, supérieur à tout ce qui est, et tout entier partout , gouverne l'univers par son Verbe qu'il y a répandu ^ »

1 Tibi disciplinas, dignitaLem , lilleras,

Linguae, togœ, famse decus, Provectus, altus, inslitulus debeo, Patrone, praceplor, pater.

{Poema x.)

2 ^ Revocandum me tibi credam, Cum stériles fundas non ad divina precatus, Caslalidis supplex, averso numine, Musis? Non liis nominibus tibi me patriaîque reduces... Irrita ventosœ rapiunt hsec vota proceliae, Quœ, non missa Deo, vacuis in nubibus haerent.

{Ibid.)

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