CHAPITRE SEPTIÈME
que Dieu éternel me trouve sage'. » C'est ici que vient ce mot d'une mélancolie si profonde : « L'homme passe bien vite; c'est comme un corps qui se dissout, comme un jour qui tombe; sans le Christ, c'est une poussière, une ombre. » Paulin poursuit, avec le grand bon sens chrétien : « Que cet être d'un jour approuve ou condamne, tant vaut le juge, et tant le jugement. Il meurt, et avec lui son erreur et sa sentence. Si donc, pendant qu'il en est temps encore, il n'a soin de conformer sa vie aux préceptes de Dieu , quand il aura quitté ce corps, alors, mais trop tard, il verra quelle folie c'était de craindre un vain blâme et de ne pas redouter le divin Juge. Pour moi , croyant, qui sens trembler mon cœur à la pensée de son avènement, je n'ai pas voulu attendre le son de la trompette redoutable pour jeter loin de moi tous ces soucis terrestres, toutes ces entraves des choses, qui ne permettent pas à l'âme de déployer ses ailes , et de s'élever d'un vol libre vers l'éternelle patrie ^ Direz-vous que c'est raison? Alors,
1 Juvat hoc, nec pœnitet hujus Erroris ; stultus diversa sequentibus esse Nil moror, seterno mea dum sententia régi
Sit sapiens. Brève quidquid homo est, ut corporis segri , Temporis occidui, et sine Ciirislo pulvis et umbra : Quod probat et damnât, tanti est quanti arbiter ipse, Cumque suo moriens sentenlia judice transit.
[Poema x.)
2 Hujus in adventum Irepidis mihi credula fibris Corda tremunt, ne vincta œgris pro corpore curis, Ponderibusque gravis rerum, non possit in auras Régis ad occursum levibus se follere pennis. ( Ihid.)
félicitez votre ami de ces grandes espérances. Sinon, laissez -moi me contenter de l'approbation de Jésus- Christ. »
Paulin avait répondu à tout, et il ne restait plus rien des accusations d'Ausone; il voulut cependant lui écrire encore, non plus pour justifier sa conduite, mais pour protester de l'inviolabilité de son amitié, aussi sensible à ce reproche qu'il en était innocent. Cette seconde lettre, plus courte que la première, se termine par un mouvement lyrique, « dont l'inspiration est vraiment sublime ' ; » on y voit à quelle hauteur l'amour de Dieu, en tombant dans un cœur, y élève l'amitié, loin de l'éteindre:
« Pendant tout l'espace de temps accordé aux mortels, tant que je serai enfermé dans cette prison du corps, par quelque distance que nous soyons séparés, dans quelque monde, sous quelque soleil que je vive, je vous porterai au fond de mes entrailles, je vous verrai par le cœur, je vous embrasserai tendrement par l'âme : vous me serez présent partout. Et lorsque, affranchi de* cette prison, je m'envolerai de la terre, en quelque région que le Père commun me place , là encore je vous porterai dans mon âme. La mort, qui me séparera de mon corps, ne me détachera pas de vous. Car l'âme, qui, en vertu de sa céleste origine, survit à noire jchair, doit nécessairement conserver ses sentiments , ses affections, comme sa vie. Elle doit vivre et se souvenir à
1 M. Ampère.