‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 92 sur 186 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

au vieux monde, il ne le soupçonne même pas; ni les martyrs qui ont si visiblement vaincu, ni les moines qui commencent à s'emparer du monde, ni les barbares qui arrivent ne lui donnent à penser; ni ces grandes voix des apologistes qui ont fait voler en éclats les idoles et dépeuplé l'Olympe , ni ces puissants accents de l'éloquence chrétienne qui passionnent de grandes cités, ni ces querelles de doctrine qui remuent tous les plus hardis problèmes de la métaphysique, rien n'a indiqué au rhéteur aquitain le foyer de vie et de lumière, et par conséquent d'inspiration, où les lettres elles-mêmes doivent se retremper comme les âmes ' : triste exemple du peu qu'il faut à certains hommes pour leur subsistance Intellecluelle, et des prodigieuses offuscations que la vanité d'esprit et les habitudes d'école peuvent causer! Le christianisme, au moment même où il passe dans les lois , parce qu'il a passé dans les mœurs de la

' Un littérateur contemporain {Eludes historiques et litléraires sur Ausoyie; Demogeot, Bordeaux, 1837) a écrit: « La foi chrétienne elle-même était impuissante alors (au iv« siècle) pour créer un poète. Le christianisme ne pouvait devenir une poésie qu'après avoir été une religion; car ce qu'il y a d'inspirateur en lui ce ne sont pas les dogmes, mais le sentiment; c'est l'esprit, et non pas la lettre. Le Christ l'avait bien dit, et c'est vrai, dans la poésie comme dans la morale : « La lettre tue, c'est l'esprit qui « vivifie. » Que veut-il dire? et prétend-il renouveler la poétique si incomplète de Boileau sur » les ornements égayés » dont « la foi d'un chrétien » ne serait pas « susceptible i>? Et qu'est-ce que cette distinction entre les dogmes ou la lettre , et le sentiment ou l'esprit du christianisme? Il est vrai que l'auteur de la thèse était bien jeune quand il écrivait ces lignes; si superficielles, c'est le moins qu'on en puisse dire.

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meilleure partie de la société romaine , l'effleure à peine ; le paganisme demeure sa religion littéraire. Mais quand il demandait aux Muses de la Grèce de rendre aux Muses latines l'infidèle poète qui les désertait, il était trop lard : ceux qui sont morts sont morts ! L'esprit emportait Paulin vers la poésie de l'avenir.

Déjà quelques essais de cette poésie s'étaient produits, incertains et incomplets comme tout ce qui commence; l'érudition a recueilli les noms de ces devanciers de Paulin, trop oubliés peut-être aujourd'hui. A l'exemple d'Ambroise, qui n'avait été poète qu'un moment, Paulin, poète toute sa vie, du moins jusqu'à son épiscopat, ouvre des voies inexplorées et fécondes ; c'est lui, nous le redisons, le vrai précurseur : d'autres, tels que Prudence et Prosper d'Aquitaine, viendront à sa suite : glorieux avant-coureurs de tant de poètes chrétiens, que le moyen âge sut comprendre et admirer, que la Renaissance, plus païenne qu'il n'eût fallu, eut le tort grave de négliger, et qu'il est temps enfin, dans noire siècle de réhabilitations historiques et littéraires, de venger d'injustes dédains, et, comme l'a si bien dit Ozanam, de replacer avec honneur debout devant l'école.

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