‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 93 sur 186 · A NOLE. — EXHORTATIONS DE PAULIN A SULPICE SÉVÈRE · texte numérisé non relu

A NOLE. — EXHORTATIONS DE PAULIN A SULPICE SÉVÈRE

DÉPART DE PAULIN POUR l'iTALIE

Mais pendant que ces oppositions mondaines murmuraient autour de Paulin, l'Église, nous l'avons dit, poussait un cri de joie et de victoire. L'Église, dès cette époque, formait sur toute la terre une sorte de patrie commune des âmes, dont tous les membres ressentaient les douleurs comme les joies. De même que la patrie antique applaudissait à une noble action d'un de ses fils, la patrie chrétienne se réjouissait de la gloire d'un de ses enfants. Quand on apprendra dans les Gaules, en Italie, en Afrique, Martin à Tours, Ambroise à Milan, Augustin à Hippone, qu'un consulaire, un poète, un patricien célèbre, Pontius Paulinus, a quitté le monde pour se retirer dans la solitude, et a distribué tout son bien aux pauvres, quand on le saura caché à Noie, auprès du tombeau d'un saint, ce sera, nous le verrons, un con-

cert de louanges. Paulin s'en défendra avec humilité. Mais ce dont il bénit Dieu avec reconnaissance, ce qui fut pour lui une douce compensation aux railleries et aux dédains, ce fut de voir le plus cher de ses amis, le jeune et brillant Sulpice Sévère, imiter son exemple, quitter le monde, et se donner tout entier au service de Dieu.

Il y a une étonnante et touchante similitude dans la destinée de ces deux hommes : tous deux de race patricienne, riches, illustres dès leur jeunesse, liés (lès lors d'une tendre amitié, et arrachés tous deux aux enivrements de la vie mondaine par Un même coup de la grâce de Dieu , celle qui jaillit des grandes douleurs. Ils demeurèrent naturellement, après leur conversion, et toujours, plus étroitement unis encore. Ce fut aussi peu à peu et par degrés que Sulpice Sévère fut amené à suivre l'exemple de Paulin. Tout d'abord, à rencontre de ce monde de rhéteurs et d'hommes de plaisir qui l'entourait, et qui attaquait Paulin, lui, il admirait hautement le courage de son ami, sans se sentir encore celui de l'imiter, comblé qu'il était de tout ce qui enchante ici- bas. Mais Dieu, soudain, vint renverser l'édifice fragile de ce bonheur, en frappant le noble Gallo- Romain précisément dans celle qui en faisait pour lui le charme : la jeune femme qu'il avait épousée, et qu'il adorait, lui fut inopinément enlevée; Dieu cueillait cette fleur pour le ciel; et Sulpice Sévère n'avait un instant tenu cette coupe où Dieu a mis les pures affections et les profondes joies humaines, que pour

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