‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 95 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

faut suivre, c'est lui qu'il faut imiter'. » Comment Sévère aurait-il pu résister à de telles paroles, appuyées sur de tels exemples ?

Du fond de l'Espagne, d'ailleurs, Paulin songeait avec sollicitude à cet ami si cher, et suivait avec anxiété tout le travail de Dieu en lui. Que devenaitil ? Il n'était pas sans doute de ceux qui lui avaient tourné le dos; mais Paulin désirait plus pour cette âme qu'il aimait, et qu'il savait capable de grandes choses. Il ne voulait rien moins que l'entraîner à sa suite. Mais lui y songeait- il, à cet âge où le monde n'a rien perdu pour un jeune cœur de ses enchantements? Paulin l'espérait, mais aussi il craignait ^ Malheureusement, nous n'avons pas leur correspondance de ce temps-là, qui dut être fort active, car les messagers ne mettaient que huit* jours à franchir l'espace qui les séparait. Nous ignorons ce que Paulin put lui écrire quand il le sut frappé dans son affection la plus chère; nous savons seulement que de Barcelone, où il avait fixé en dernier lieu sa résidence, et avant l'ordination dont nous avons parlé, Paulin lui avait écrit une lettre pressante % qui mal-

1 Illustris viri Paulini exemplum ingerebat, qui, summis opibus abjectis, Chrislum secutus, solus pêne bis temporibus evangelica praecepta complesset; illum nobis sequendum, illum clamabat imitandum; beatumque esse prœsens sœculum tantse fidei virtutisque documento. ( Sulp. Sev., Vita Martini, c. xxvi.)

^ Sollicite et optanli mihi, nec aliter de te, imo de Deo credenti. (Epist. i, ad Sevenmi.)

3 Nos modo in Barcinonensi , ut ante scripseram, civitate consistimus. (Epist. i, ad Severum.)

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heureusement est perdue, dans laquelle, sans doulc, il ne manquait pas de tirer de son veuvage prématuré un nouvel et puissant argument. Il ne resta pas longtemps dans l'incertitude. Sévère avait enfin pris son parti; il s'était décidé à renoncer au barreau et au monde, à se débarrasser de ses richesses, et à embrasser la vie retirée, pauvre et pénitente. II ne vendit pas ses biens, comme Paulin, mais il en fit donation à l'Église, ne s'en réservant que l'usufruit ', et, quittant Toulouse, il se retira, avec sa belle -mère Bassula, et quelques amis et affranchis, qui formèrent ce que Paulin appelait plus tard son Eglise domestique, à Elusone, puis à Primuliacum -. Il pouvait avoir trente ans.

Aussitôt tous les étonnements, toutes les colères qui avaient éclaté à la conversion de Paulin, assaililirent Sulpice Sévère. Jeune, ardent, éloquent, il prit la plume pour se défendre, et défendre avec lui Paulin, qu'on enveloppait dans le même blâme. Ces luttes ne l'ébranlaient pas , mais elles lui étaient amères. Ce sentiment perçait dans la lettre où il annonçait à son ami sa conversion, et en même temps lui faisait savoir qu'il était résolu de le suivre à Noie. Combien Paulin dut tressaillir en apprenant de telles nouvelles ! Nous avons la réponse qu'il fit

1 Epist. XXIV, ad Severiim.

2 L'itinéraire de Bordeaux à Narbonne place Elusa ou Elusone (aujourd'hui Eause ) à douze lieues environ de Toulouse, et à treize de Carcassonne. La vraie position de Primuliacum est demeurée incertaine.

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