‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 97 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

l'emploi des richesses, sur l'identification du malheureux avec Jésus- Christ, et ce que Bossuet appelait éloquemment « l'éminente dignité du pauvre ». ]\Iais c'était pour le monde païen une grande nouveauté ; et combien féconde! La régénération morale du vieux monde, toute une législation, toute une civilisation nouvelles, devaient en sortir un jour.

De telles idées valaient bien qu'on bravât pour elles les ignorants dédains des païens aveugles et des chrétiens légers. Aussi Paulin, qui avait conscience de C6 que son ami et lui faisaient, ne veut pas qu'on s'abaisse à les justifier contre les vaines récriminations des hommes du siècle :

« Que le Christ soit une odeur de mort pour ceux qui doivent périr, pour ceux à qui la croix et l'humanilé du Dieu fait homme sont un scandale et une foUe; mais pour nous qui croyons, qu'il soit une odeur de vie. Non, cher ami, ne laissons pas chanceler nos pieds dans les voies du Seigneur, dans le chemin étroit , pour de profanes et vaines paroles qu'on murmure autour de nous : les saintes Lettres nous disent assez ce que nous devons penser de ces gens-là et de nous. Fermez donc vos oreilles, frère, bouchez- les avec des épines, contre leurs discours qui sont les épines et les fièches du Jaloux <. Mais vous , o homme de Dieu , détournez - vous de ces hommes; ne faites pas hommage à leur sagesse en vous mettant en peine de leur rendre raison. Vous

1 Zabulum, mot de la latinité gauloise, dérivé, ainsi que diaholus, qui a prévalu, du grec ô-agxUw, j'accuse, je poursuis.

savez bien que le principe de la sagesse c'est vous qui l'avez, vous qui craignez Dieu, ils traitent votre conduite d'insensée; mais vous savez bien que vous faites l'œuvre de Dieu et que vous suivez les conseils de Jésus-Christ. Souvenez - vous que Dieu a choisi les insensés de ce monde pour confondre les sages, et que cette folie divine est plus sage que toute leur sagesse. »

Mais cette fierté si légitime ne fait pas oublier à Paulin les sollicitudes de la charité. Condescendons quand il le faut; mais sachons nous résigner aussi aux séparations nécessaires : « Vous vous donnez de la peine, m'écrivez -vous, pour défendre votre conduite et la mienne. Il faut faire ici une distinction. Un homme vient- il à vous avec un désir sincère de connaître la vérité , et en avouant son ignorance : jetez en lui la bonne semence de la foi. S'il vous enlend, vous aurez gagné une brebis au Christ. Sinon, fuyez-le, repoussez son entretien et sa présence, de peur que si votre foi ne le peut guérir, son incroyance ne vous soit préjudiciable. Il faut couper la main qui est devenue un embarras, arracher l'œil qui au lieu de nous éclairer nous enténèbre. Ne craignons pas, souhaitons plutôt l'inimitié de ces hommes dont les outrages seront la grande malière de nos récompenses. Le disciple, a dit le Sauveur, n'est pas pins que le maître; s'ils l'ont persécuté , ils nous persécuteront aussi. Que nous importe la faveur d'un monde que déteste Jésus-Christ? -S/ vous étiez du monde, a-t-il dit, le monde aimerait ce qui est à lui. Vous

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