CHAPITRE HUITIÈME
qui cherchez à rendre raison aux hommes, et à des hommes qui n'ont pas notre foi, que vouiez -vous donc? Leur plaire? Mais leur plaire, c'est déplaire à Jésus-Christ. »
Avec quelle énergie Paulin a pris son parti ! comme il est fixé sur la valeur de ces oppositions et de ces critiques mondaines! des hauteurs de sa foi comme il s'en désintéresse et s'en rit !
« Laissons -les donc jouir de leurs voluptés, de leurs dignités, de leurs richesses, si toutefois ils peuvent dire qu'ils les possèdent, eux qui aiment mieux les avoir là où nous ne sommes qu'un jour, que là où nous serons à jamais.. Qu'ils gardent leur sagesse, leur félicité, et qu'ils nous laissent notre folie, comme ils disent, et notre pauvreté : qu'ils soient riches dans le siècle autant qu'ils sont indigents de Dieu. D'eux il est écrit : Les riches ont été dans Vindiyence et ils ont eu faim; mais c'est de nous qu'immédiatement après il est dit : Quant à ceux qui cherchent le Seigneur, aucun bien ne leur manquera. »
Mais il faut que cette vertu se soutienne et soit conséquente avec elle-même; c'est alors qu'elle se sent forte, et qu'elle l'est réellement :
« Soldat de Jésus- Christ , prenez les armes de l'Apôtre, le casque du salut, la cuirasse de la justice, le bouclier delà foi, le glaive delà vérité, la vertu de l'Esprit' Saint, et debout sous ces armes célestes, cicignez les t)-aits enflammés de l'ennemi. Combattez le bon combat, achevez votre course; elle vous attend
celte couronne que le juste Jvye 'ré-serve à ceux qui appellent son avèneuienl. »
Surtout il faut persévérer; là est la pierre de touche. Reculer et déchoir, faiblesse et contradiction misérable :
« Gardez -vous des faux frères, et ne permettez pas à ces sages réprouvés de dire en vous raillant : Cet hojnme a commencé de bâtir, inais il n'a pu achever. Pour éviter un tel malheur, ne comptons pas sur nous-mêmes et sur nos forces, mais sur la miséricorde et la vertu de Dieu \ Le Tout- Puissant est assez fort pour achever en nous son œuvre, et après avoir jeté les premiers fondements de l'édifice, y mettre le couronnement. Les Apôtres eux-mêmes ont tremblé devant la grandeur de cette œuvre; mais il a daigné leur dire : Ce qui est impossible aux hommes ne l'est pas à Dieu. Rien n'est impossible à qui a mis en lui sa confiance. »
C'est ainsi, par ce langage d'une foi magnanime, que Paulin tout à la fois tempérait les ardeurs polémiques du jeune Sévère, et l'affermissait dans la voie du renoncement et du dépouillement où il venait de s'engager. La victoire par laquelle nous triomphons du monde, dit l'Apôtre, c'est noire foi. Les saints ont remporté cette victoire. Savoir par quelles pensées, par quelles clartés, par quelles certitudes, l'entendre de leur bouche même, le constater dans leur correspondance intime, rien n'est plus capable, assuré-
■i Nous reviendrons sur cette parole de Paulin, quand nous aurons à parler du pélagianisme.