‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 100 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

de l'Eglise. L'évêque aura soin qu'ils assistent tous les jours au saint sacrifice de la messe, qu'ils se confessent au moins tous les mois, et qu'ils reçoivent de Tavis de leur confesseur le corps de Notre -Seigneur Jésus-Christ, servant les jours de fête dans l'église cathédrale ou dans les autres églises du lieu'. »

Le saint concile règle ensuite les conditions matérielles de cette œuvre nouvelle : les ressources financières seront prises sur les revenus des évêchés, des chapitres, des abbayes et prieurés, et généralement sur tous les bénéfices; et pour mieux montrer l'importance souveraine qu'il attachait à ces nécessaires institutions, le concile frappe de peines sévères les archevêques et évêques qui seraient négligents à les établir.

A première vue, cette création des séminaires paraissait facile. Prendre des enfants appartenant à de bonnes familles , les préserver des dangers du monde, les élever dans la piété, toujours si douce à cet âge, les approcher peu à peu du sacerdoce , les familiariser avec sa beauté, les enthousiasmer de sa grandeur, et les amener à l'ordination , brûlants de Famour de Dieu et des âmes, qu'y avait-il de plus simple? Mais, outre que les passions humaines vivent au cœur des plus petits enfants ; outre cette pente à la mollesse, à la paresse spirituelle , à la recherche de ses aises, à l'ambition des dignités - et des honneurs , qui éteint le plus beau zèle et fait pâlir le plus bel idéal , il fallait tenir compte des institutions qui avaient précédé et qui jonchaient la terre de leurs débris : débris de collèges, d'académies , d'universités qui embarrassaient les pieds des réformateurs du clergé, et qui, les enchaînant au passé, les ramenant en arrière, les empêchaient de saisir le pur et simple idéal du concile de Trente.

A cause de cela tout échouait. Le pape Grégoire XIII,

1 Rohrbacher, t. XXIV, p. 362-363.

voulant donner l'exemple , fonda le collège Romain , mais ce ne fut qu'une académie , une suite de leçons et de conférences pour des externes. Saint Charles Borromée établit à Milan deux ou trois séminaires , et il paraît qu'il avait mieux compris la pensée du concile de Trente, car M. Olier déclare lui avoir emprunté le plan de son séminaire. Malgré l'autorité de sa vertu, ce séminaire ne sortit pas de Milan ou de la province , et l'Italie tout entière lui resta fermée. Un autre saint évêque , Barthélémy des Martyrs , établit un séminaire dans la ville épiscopale de Brague , en Portugal ; mais , célèbre lui aussi par sa sainteté, il n'entraîna aucun évêque par son exemple. Saint François de Sales enfin paraît n'avoir pas même essayé. Un jour que M. Bourdoise lui témoignait son étonnement de ce qu'il ne consacrait pas ses talents à la formation des ecclésiastiques: « J'avoue, lui avait répondu ce saint évêque, et je suis très persuadé qu'il n'y a rien de plus nécessaire dans l'Eglise; mais après avoir travaillé moi-même pendant dix-sept ans à former seulement trois prêtres , tels que je les souhaitais pour m'aider à réformer le clergé de mon diocèse , je n'ai pu en former qu'un et demi *. »

En France , l'œuvre était encore moins avancée , en ce sens que beaucoup y avaient travaillé et avaient échoué , en sorte qu'il s'était formé dans les meilleurs esprits l'idée que la chose était impossible. Tous les conciles provinciaux revenaient sur ce sujet et y insistaient : le concile de Rouen en 1581, le concile de Bordeaux en 1582, le concile de Reims et le concile de Tours en 1583, le concile de Bourges en 1584, le concile d'Aix en 1585, le concile de Toulouse en 1586. Et enfin, plus récemment en 1629, l'assemblée du clergé de France avait renouvelé tous ces décrets et prescrit la prompte institution d'au moins quatre sé-

1 Faillon, t. I, p. 12.

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