LIVRE II. — CHAPITRE III HT
minaires généraux. Mais les évêques qui avaient signé ces ordonnances, rentrant dans leurs diocèses, ne savaient comment s'y prendre dans la pratique, et abandonnaient à regret une œuvre qu'ils jugeaient à la fois nécessaire et impossible.
Ce qui augmentait le découragement , c'est que les plus saints évêques et d'autres qui avaient à leur disposition des ressources immenses avaient essayé l'œuvre et n'avaient pas réussi. Le cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen; le cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux; le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, avaient vu leurs séminaires s'éteindre après dix ou vingt ans, ou, s'ils subsistaient, ils dégénéraient en collèges et ne donnaient pas de prêtres. Richelieu luimême , habitué à être obéi , ne l'avait pu être en ce point.
Or, disait- on, si de tels hommes avaient échoué, comment songer à réussir? On était donc en train d'y renoncer de toutes parts, déclarant l'œuvre impossible.
Et cependant, en dépit de ces magnifiques échecs, on approchait de l'heure fixée par la divine Providence pour la création des séminaires. Il y avait alors en France trois ou quatre saints prêtres qui étudiaient sans relâche ce difficile problème , qui se préparaient à l'aborder, et qui, donnant à cette œuvre, celui-ci un coup de pinceau, celui-là un autre, l'un indiquant un trait que l'autre devait achever, allaient réaliser dans toute sa beauté le type idéal conçu par le concile de Trente. Ces trois ou quatre saints prêtres , qui , sans les ombres que le gallicanisme et le jansénisme ont amassées injustement autour de leurs têtes, seraient aujourd'hui sur les autels, habitaient alors à Paris: M. de Bérulle, rue Saint- Jacques; M. Bourdoise, au séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet ; M. Vincent, au collège des Bons-Enfants, et M. Olier, à Vaugirard;
tous quatre dans des relations intimes et dans la même flamme de zèle pour la réforme du clergé.
M. de Bérulle était le plus âgé de tous, et aux yeux du monde le plus éminent. Il était cardinal; mais, comme dit Bossuet, la pourpre n'avait rien ajouté à son mérite. Après avoir établi les carmélites à Paris et par toute la France , il venait de fonder l'Oratoire , où Ton admirait : le Père de Gondren, dont nous allons parler; le Père Bourgoing", dont Bossuet fît l'oraison funèbre; et qui allait donner bientôt à l'Egiise : le Père Le Jeune, le Père Malebranche, le Père Thomassin et Massillon. Le but de M. de Bérulle était d'employer toutes les forces vives de la Conffréfration à l'éducation du clerg-é et à la direction des séminaires ; et afin que rien ne pût l'en détourner, il avait conjuré le pape , dans l'approbation de ses règles, de bien défendre à ses prêtres de s'occuper des collèges , afin qu'ils se réservassent tout entiers pour les séminaires. Chose étrange , et qui semble indiquer que Dieu se mêle plus qu'on ne croit aux moindres détails de la naissance des ordres religieux , ce fut le seul mot qui fut omis dans la bulle d'institution de l'Oratoire. D'où il advint que, le pape ne l'ayant pas défendu, et la pente du siècle y poussant, les oratoriens de M. de Bérulle se tournèrent vers les collèg"es et abandonnèrent de plus en plus les séminaires. De pieux historiens ont pensé que c'avait été par un dessein particulier de la Providence que ce mot important avait été omis dans la bulle du pape ; car l'Oratoire étant tombé peu à peu dans le jansénisme, que serait devenu le clergé de France, si l'Oratoire eût été presque entièrement chargé de son éducation? Du moins en mourant, en 1629, le cardinal de Bérulle laissait la Congrégation aux mains du Père de Condren, d'une vertu incomparable, d'une lumière toute divine, et qui allait avoir sur la fondation des séminaires une influence souveraine.