LIVRE II. — CHAPITRE III
pale un second essai, et ne prit cette fois que des jeunes gens ayant fait leurs humanités. On approchait du but; mais cette fois encore , sans qu'on sache pourquoi , Fessai ne réussit pas, et le séminaire fut fermé pour n'être rouvert qu'en 1663. Il en fut de même dans les séminaires d'Alet, de Saintes. Enfin, en 1642, Vincent de Paul crut s'apercevoir que la vraie cause de tant d'échecs successifs venait du mélange des jeunes gens et des enfants , soumis à un enseignement et à une discipline qui ne convenaient pas également à tous. Il résolut donc de les séparer. Il garda les jeunes gens au séminaire des Bons-Enfants ; il envoya les enfants dans une maison qu'il avait achetée au bout de l'enclos de Saint- Lazare, et qu'on nomma le séminaire Saint- Charles. Et , par ce coup de maître , il fonda à la fois les grands et les petits séminaires, dans la double forme qu'ils n'ont jamais quittée depuis.
Pendant que saint Vincent de Paul arrivait ainsi lentement, patiemment, selon les habitudes de son esprit, à entrevoir la forme des séminaires, il y avait auprès de lui un prêtre, jeune encore, que Dieu allait conduire au même but d'une manière plus rapide et tout à fait surprenante. Peu d'hommes ont été plus privilégiés que M. Olier; saint François de Sales a béni son enfance; saint Vincent de Paul a formé sa jeunesse et l'a préparé aux saints ordres; le Père de Gondren a dirigé son âge mûr et lui a révélé sa vraie vocation. Ayant suivi les exercices des ordinands , ayant ensuite des deux premiers, si ce n'est le premier, contribué à établir les conférences du mardi, il se confessait depuis plusieurs années à saint Vincent de Paul , qui l'aimait tendrement. Mais en ce moment, entre le saint confesseur et le saint pénitent, il y avait un nuage délicat et pur qui cependant amenait une gêne. Vincent de Paul voulait que M. Olier acceptât l'épiscopat; celui-ci y éprouvait une répugnance affreuse. Afin d'échapper aux obses-
sions de son saint directeur, M. Olier était parti pour l'Auvergne, où il donnait des missions dans les terres dépendant de son abbaye de Pébrac. Pendant le voyage il rencontra une sainte religieuse , déclarée vénérable par Pie VII, la mère Agnès de Langeac, et lui confia ses anxiétés. Celle-ci, éclairée de Dieu, comme on l'a su depuis, lui conseilla d'aller consulter le Père de Gondren. C'était le successeur du cardinal de Bérulle dans le gouvernement général de l'Oratoire , un homme d'une vertu et d'une lumière extraordinaires , ni administrateur, ni écrivain , ni orateur, mais ayant reçu de Dieu le don de causer divinement, au point qu'il renonça à tout, même à sa charge de supérieur général, pour ne conserver qu'une fonction, celle d'enflammer par ses conversations et d'enthousiasmer pour Dieu les prêtres et les laïques qui venaient s'entretenir avec lui. Le cardinal de Bérulle, son supérieur, doué de si hautes lumières , se prosternait quelquefois à terre sur le pas de sa porte, pour baiser les vestiges de ses pas. Saint Vincent de Paul n'en avait pas une moindre estime : « Il m'en a parlé souvent en des termes qui paraîtraient incroyables, dit M. Olier, et je me souviens qu'il me dit à son sujet : « Il ne s'est point trouvé un homme semblable à lui : » Non est invenius similis illi, et mille autres choses semblables. Jusque-là que lorsqu'il apprit sa mort, se jetant à genoux et se frappant la poitrine, il s'accusait, les larmes aux yeux, de n'avoir point honoré ce saint homme autant qu'il méritait de l'être. » Sainte Chantai en parlait avec non moins d'enthousiasme : « Si Dieu , disait-elle , a donné à l'Eglise notre bienheureux fondateur pour instruire les hommes , il me semble qu'il a rendu le Père de Condren capable d'instruire les anges ^ » Enfin M. Olier en faisait ce magnifique éloge : « Il n'était qu'une apparence et une
1 Faillon, Vie de M. Olier, t. I, p. 126.