‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 106 sur 394 · LIVRE IL — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE III

été ceux dont la jeunesse s'était écoulée dans le silence et l'éloignement du monde. Plus tard les universités étaient venues ; elles avaient emporté au dehors, jeté sur la place publique, toute cette jeunesse ecclésiastique. Mais qu'y avait-on gagné? Quel clergé s'était formé dans la vie extérieure , mondaine , dissipée des universités? Manifestement il fallait revenir aux anciennes traditions et rouvrir aux jeunes clercs des maisons silencieuses , cachées , où ils se formeraient à la vertu et à la science ecclésiastique.

La vertu et la science , ce sont les deux grands éléments qui font un prêtre. La science, sans laquelle il serait inutile; la vertu, sans laquelle il serait dangereux. La science , dont Notre-Seigneur a dit : Vos estis lux mundi. La vertu, dont il a dit: Vos estis sal terrœ. La science purifiée, adoucie, rendue humble et féconde par la vertu; la vertu élevée, ennoblie par la science. Un prêtre vertueux, oh ! que c'est vénérable ! Un prêtre savant ! oh ! que c'est beau ! Mais un prêtre vertueux et savant, dont le front brille de toutes les lumières, dont le cœur brûle de toutes les saintetés , on se prosterne à ses pieds et on le vénère comme la plus belle image de Dieu sur la terre.

C'est à former un tel prêtre que concourent tous les exercices d'un séminaire. Ils sont entremêlés avec un art infini : les uns , tels que l'oraison , la sainte messe , la confession et la communion fréquentes, la lecture spirituelle, le chapelet, l'examen particulier, préparent le prêtre saint; les autres, tels que l'étude de l'Ecriture sainte, du dogme, de la morale, de la liturgie, du droit canon, préparent le prêtre savant. On passe de l'un à l'autre sans fatigue, avec joie, et pour peu qu'on y donne son cœur, son âme, on sort du séminaire assez vertueux et assez instruit pour toucher sans péril aux âmes que Dieu va nous confier.

La science que l'on enseigne dans les séminaires n'est

pas celle que Ton enseigne dans les universités. Sans doute la science sacrée est une; mais il y a en elle, comme en toute science, les degrés élémentaires et les degrés sublimes. C'étaient ceux-là qu'on enseignait dans les universités, de quoi faire des docteurs, des hommes capables de tenir tête aux plus redoutables ennemis de l'Eglise. Tout autre est le but des séminaires, où il s'agit de former non des docteurs, mais des pasteurs. Ce qu'il faut donc ici, c'est une science moj^enne, une science précise, exacte, qui pose clairement les principes et qui mette en tous la doctrine nécessaire. Assez facilement monteront plus haut les esprits éminents. Et même à ceux-ci cette science moyenne est nécessaire : elle leur constitue un fonds solide et sûr, dont l'absence se ferait sentir même dans les plus grands.

C'est ce que saint Vincent de Paul explique avec son bon sens et sa lucidité ordinaires : on agitait devant lui la question de savoir s'il fallait qu'au séminaire le professeur enseignât au moyen de traités imprimés qu'il se contenterait d'expliquer, ou s'il ne valait pas mieux qu'il composât lui-même son cours et qu'il le dictât. Beaucoup préféraient les dictées, qui permettaient au professeur de déployer son esprit. Vincent de Paul était d'un avis contraire. « Avec un auteur approuvé, disait-il, l'enseignement sera plus sûr, l'épiscopat plus confiant, la Compagnie moins exposée à l'envie et à la censure , le recrutement des professeurs plus facile, leur besogne plus aisée et moins accablante, les écoliers enfin mieux formés et mieux instruits. L'on objecte qu'ils auront moins bonne opinion d'un maître qui ne donnera rien de son cru , et qu'ils seront tentés de sortir du séminaire. « Cela serait vrai peut-être, s'il n'y avait d'autres attraits dans le séminaire que la science , et supposé que tous les séminaristes fussent savants ; mais vous y avez l'attrait de la piété , celui

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