LIVRE II. — CHAPITRE III
du chant, des cérémonies, de catéchiser, de prêcher.
« On ajoute que les maîtres deviendraient par là plus savants. Peut-être, mais ils ne pourront pas faire autre chose qu'étudier, composer et dicter ; et cela étant, qui enseig-nera la piété, le chant, les cérémonies, à catéchiser, à prêcher ? et qui fera observer la régularité ? »
Enfin l'on allég'uait l'exemple des jésuites et des universités. « Mais ce n'est pas de même , répondait Vincent ; ils font profession publique d'enseigner les sciences, et ils ont besoin de réputation. Mais, au séminaire, l'on a plus besoin de piété et d'une médiocre science, avec l'intelligence du chant, des cérémonies, de la prédication et du catéchisme , que de beaucoup de doctrine. Je vous assure que si nous entrons en cet esprit-là , vous verrez bientôt des propositions en la Compagnie, qu'il faut enseigner publiquement, pour avoir des hommes plus savants pour enseigner les séminaristes ; et si cela était , hélas ! que deviendrait le pauvre peuple de la campagne , et en quelle sorte d'esprit entrerions -nous, si nous voulions aller au pair de science avec ces grands corps ? Où serait la sainte humilité en laquelle il a plu à Dieu de concevoir, d'enfanter et d'élever cette petite Compagnie jusqu'à présent? »
Mais si dans les séminaires on s'occupe avec tant de zèle de donner aux prêtres cette science moyenne qui est nécessaire à chacun et qui suffit à tous, que dire de la manière dont on travaille à les former à la vertu? On met des limites à la science, on n'en met pas à la vertu. Le plus humble ne montera jamais assez haut ; n'eût-on à diriger, à purifier, à sauver qu'un village de trois cents âmes, on n'est jamais assez saint. Partout d'ailleurs, et jusqu'au fond des bois, peuvent se rencontrer pour le prêtre les éternelles tentations. Le vice n'est pas nécessairement vêtu de soie, et pour lui être
supérieur toujours, pour se garder l'âme immaculée, il faut que le prêtre soit d'une vertu divine. Partout aussi, jusque dans les vallées les plus inconnues, peuvent se trouver de saintes âmes, des vierges consacrées à Dieu, qui ont besoin de rencontrer un directeur dont la piété soit égale à la science et qui leur prête des ailes au lieu de les leur couper. Sous tous ces rapports on peut dire que les séminaires sont une institution incomparable : ils ont fait le clergé moderne le plus saint et le plus universellement pur qu'on ait jamais vu.
Dans cette science et dans cette vertu, le trait qui domine tout, c'est l'amour pour Notre-Seigneur Jésus- Christ, prêtre éternel ; c'est l'enthousiasme pour son divin sacerdoce. Etre prêtre, continuer et propager sur la terre la mission de Jésus-Christ; avoir des mains qui , en s'étendant sur un pécheur, le rendent saint et innocent ; avoir des lèvres qui d'un mot brisent les séparations infinies du ciel et de la terre , et ramènent Jésus -Christ parmi nous; avoir un cœur d'où découlent incessamment la consolation, l'espérance, le pardon : comment ne s'enthousiasmerait -on pas de ces pensées ! Et c'est à créer ce saint état que sont employées , pendant trois ou quatre ans , les oraisons , les communions, les lectures spirituelles, les retraites, tous les exercices des séminaires. Il faudrait un cœur de bronze pour ne pas se laisser attendrir et émouvoir.
Et que l'Eglise est admirable dans la manière dont elle confère le sacerdoce ! Elle aurait pu le donner d'un coup. Elle aime mieux y conduire lentement, y faire monter peu à peu, successivement, comme par ces beaux escaliers de marbre blanc qui conduisaient au temple. Aujourd'hui la prise de l'habit ecclésiastique et de la tonsure , qui marque qu'on quitte les espérances du monde, et qu'on prend Dieu pour son partage et son héritage éternel. Demain les ordres moindres, où l'on reçoit le droit et l'honneur de faire ces premières