LIVRE II. — CHAPITRE III
fonctions du sacerdoce, si dédaignées au xvii® siècle, avant l'institution des séminaires, si estimées depuis. En certains pays, à la fête du sacerdoce, on voit aujourd'hui de vénérables prêtres, chanoines, curés de grandes paroisses, porter humblement les cierges, tenir l'encensoir, servir la messe. saint et admirable M. Bourdoise ! que diriez-vous, si vous étiez témoin de spectacles pareils !
Puis vient le sous-diaconat ; on se couche sur le pavé du sanctuaire, palpitant d'amour, et on jure à Jésus- Christ qu'on n'aura pas d'autre fiancé que lui. Puis le diaconat, où, tremblant d'émotion, on commence à prendre part au divin sacrifice, à toucher les linges teints du sang de Jésus -Christ. Et enfin le sacerdoce, où, plein de joie, d'étonnement, de stupeur, de ravissement, on dit : Consummatum est: « C'est fini. » Dieu ne peut pas davantage pour une créature.
Et, je le répète, tout cela ne se fait pas d'un seul coup. Entre chaque ascension , il y a pour s'y préparer trois mois, six mois, un an. On boit goutte à goutte ce calice d'amour, et la dose, augmentant à chaque fois, produit dans l'âme un saint enivrement. Après trente, quarante ans de tristesses, de désillusions, il ne faut pas cinq minutes de recueillement, pour le trouver vivant et inaltérable dans le cœur, ce divin enthousiasme.
C'est donc une grande œuvre que l'œuvre des séminaires , et il ne faut pas s'étonner si Dieu a multiplié les grands saints pour la fonder: M. de Bérulle, le Père de Condren, saint Vincent de Paul, M. Olier, M. Bourdoise, entre lesquels notre cœur reconnaissant ne sait plus distinguer.
Mais fonder des séminaires ne suffisait pas. Il fallait créer des prêtres pour les diriger ; des prêtres qui renonçassent à tout, afin de se consacrer uniquement à cette œuvre laborieuse et cachée ; des prêtres qui eussent tous les talents et toutes les vertus, une sève
presque infinie de sacerdoce , mais qui consentissent à s'enfouir sous terre, dans une obscurité impénétrable, semblables à ces racines qui portent les arbres et qui les vivifient, mais que personne ne voit.
On aurait pu croire qu'on s'adresserait pour cela à des religieux, à des hommes séparés complètement du monde , vivant dans la mortification et le détachement. Destinés à être les modèles du clergé, à servir aux prêtres de directeurs et de pères , ne leur aurait-on pas accordé plus facilement confiance s'ils eussent eu l'extérieur austère et la vie pénitente des religieux ? Mais il faut qu'il y ait eu bien des raisons opposées , puisque tous les instituteurs des séminaires, M. de BéruUe, M. Olier, saint Vincent de Paul, le Père de Gondren, M. Bourdoise, ont été unanimes à vouloir que tous les directeurs fussent tirés du clergé séculier et lui appartinssent. Saint Vincent de Paul , que l'on pressait tant de faire de ses disciples des religieux avec vœux solennels, s'y refusa absolument. M. Olier voulut que ses disciples s'appelassent simplement : prêtres du clergé , prêtres du séminaire ; qu'ils ne prissent pas le nom de Pères ; et il posa la loi : Nec aliter vivit nisi vita cleri. Ainsi du Père de Gondren, très énergique sur ce point ^ Point de vœux solennels dans ces sociétés, mais une obéissance encore plus délicate et plus empressée que s'il y avait des vœux. A toutes on peut appliquer ces magnifiques paroles de Bossuet : « Elles n'ont point d'autre esprit que l'esprit même de l'Eglise, ni d'autres règles que ses canons, ni d'autres supérieurs que ses évêques, ni d'autre bien que sa charité, ni d'autres vœux solennels que ceux du baptême et du sacerdoce ^. »
1 Paillon, t. I, p. 179.
2 Bossuet, Oraison funèbre du Père Bourg oing ; Paris, Louis Vives, 1864; t. XII, p. 646.