‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 11 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

blesse, ainsi que saint Vincent de Paul lui-même si souvent s'est plu à le rappeler.

Le père, petit, boiteux, un peu fin et rusé, comme le sont en général tous les paysans , était très chrétien et parfait honnête homme. La mère était pieuse. Quelques indices feraient croire qu'elle était d'une condition un peu supérieure à son mari, mais cela paraît peu certain. Un jour qu'une pauvre vieille, croyant par là obtenir plus facilement un secours du saint prêtre , lui disait qu'elle avait été servante de madame sa mère : « Oh ! oh ! ma bonne femme , lui dit le saint , vous vous méprenez; ma mère n'a jamais eu de servante, ayant été servante elle-même et étant la femme et moi le fils d'un pauvre paysan. » C'est tout ce qu'on sait d'elle. Ses joies en recevant les six enfants dont Dieu bénit leur mariage ; sa manière de les élever chrétiennement; si elle distingua ce petit Vincent, le troisième de ses fils , qui devait être un si grand saint ; toutes ces choses d'une si parfaite douceur, notées avec tant de soins dans beaucoup de Vies de saints , on n'en voit pas trace ici , et il en sera de même jusqu'à la fin de cette vie adnlirable ; plus de la moitié se cache dans l'ombre.

L'humble maison où vivaient ces deux chrétiens et où naquit notre saint subsiste encore. Elle est construite, comme toutes les maisons de paysans de cette contrée, avec de fortes poutres en chêne à peine dégrossies, l'entre -deux rempli par de la terre glaise, mêlée de paille et séchée au soleil. La maison est assez vaste : elle se compose d'un rez-de-chaussée qui comprend cinq pièces et que surmonte un double grenier. On entre d'abord, par une porte de chêne assez grossière, dans une première pièce, la plus vaste de toutes. Une haute cheminée en bois noirci est au fond ; en face et sur le côté, une petite fenêtre; le plafond en bois de chêne, le plancher en terre battue. C'était à la fois la cuisine, la salle à manger, le lieu où se tenait habituellement la

famille , ôû on dînait et où on recevait même les étrangers. Sur la gauche de cette première pièce s'ouvraient deux chambres : l'une, la chambre du père ou de lanière, où naquit saint Vincent de Paul, — un autel en marque la place ; — l'autre , la chambre destinée à l'aîné , à celui qu'on appelait l'héritier, mais il n'en prenait possession que le jour de son mariage ; c'était là la première partie et la plus importante de la maison paternelle. Au fond et par derrière, il y avait encore deux chambres : l'une, le dortoir des garçons ; l'autre , à droite , le dortoir des filles. Le premier avait une porte sur le jardin et un escalier qui conduisait dans les vastes greniers ; la seconde chambre était plus close : elle n'avait pas de porte extérieure ; on n'y entrait et on n'en sortait que sous l'œil des parents , en passant par la chambre commune. Un toit en briques couvrait ces cinq pièces et jetait les eaux pluviales à droite et à gauche.

Au dehors étaient les étables : par derrière , les étables des moutons et des porcs ; sur le flanc , adossée à la cuisine, l'étable des bœufs. Une petite fenêtre, donnant de la cuisine sur cette étable, permettait de surveiller les bœufs et de leur donner à la main , sur une planchette mobile, une nourriture plus choisie. Pareilles dispositions se rencontrent dans toutes les maisons de la contrée ; les bœufs étaient le trésor du paysan , celui dont il était le plus fier et qu'on soignait aussi davantage.

Quatre ou cinq hectares de terre entouraient la maison et achevaient la petite propriété du père de saint Vincent de Paul. On l'appelait je ne sais pourquoi Ranquines , et elle a communiqué son nom à tout le hameau, peutêtre parce qu'elle était la plus vaste et la mieux tenue des environs. Ce n'était pas la richesse assurément, surtout en présence des six petits enfants qui composèrent bientôt la famille ; mais ce n'était pas non plus , comme on l'a conclu des termes trop humbles du saint,

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