CHAPITRE IV
Saint Vincent de Paul s'oppose à la fausse réforme de FÉglise tentée par le jansénisme. — Mort de sainte Chantai.
Pendant que les saints prêtres dont nous venons de parler, saint Vincent de Paul , le cardinal de Bérulle , le Père de Condren, M. Olier, M. Bourdoise, sans se dissimuler les plaies de l'Eg-lise, travaillaient à les cicatriser, et que tous ensemble , après avoir fondé dans ce but, l'un les prêtres de la Mission, l'autre l'Oratoire, celui-ci la communauté de Saint -Nicolas du Chardonnet, se rencontraient dans cette grande œuvre des séminaires qui allait faire refleurir tout l'ordre sacerdotal , il y avait d'autres grands hommes , de savants docteurs, qui voyaient aussi clairement les plaies de l'Eglise, qui ne les pleuraient pas moins amèrement, mais qui , n'ayant pas une foi aussi profonde à sa vie impérissable , venaient presque à désespérer de sa guérison et cherchaient en dehors d'elle les moyens de la régénérer.
Les deux principaux chefs de ce groupe se nommaient : l'un, Jansen ( Johann'ssohn ) , plus connu sous son nom latinisé de Cornélius Jansénius ; l'autre , du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Le premier était né, en 1585, dans les Flandres à Acquoy, près de
Leerdham ; le second, en 1581, à Bayonne. Ils étaient donc à peu près du même âg-e. Ils s'étaient rencontrés en 1605, à Paris, où ils venaient achever leurs études théologiques, et s'étaient liés sur les bancs de la Sorbonne de la plus vive amitié. Leurs âmes se ressemblaient comme leurs âges. Tous deux très intelligents , passionnés pour l'étude, ayant un goût particulier pour l'érudition, que l'un et l'autre devaient pousser très loin ; tous deux inclinés à la piété, jaloux de l'honneur de l'Eglise , mais d'une nature mélancolique , voyant tout en noir, jugeant avec une sévérité excessive les hommes et les choses, et avec cela portés l'un et l'autre au paradoxe; celui-ci plus théologien, celui-là plus moraliste ; le premier plus capable de se plonger dans les profondeurs du dogme, le second dans les difficultés pratiques de la casuistique et de la direction des âmes ; l'un rêveur silencieux , sans conversation , l'autre intriguant et remuant sans cesse ; le Flamand plus lourd , le Français plus vif ; tous deux du reste absolus , autoritaires, en imposant aux âmes par leur austérité, et ayant porté à l'Eglise , sous prétexte de la réformer, un de ces coups terribles qui auraient pu la ruiner si elle n'avait pas été divine. Mais on ne vit la profondeur de la blessure qu'après leur mort. Leurs études finies, après avoir préparé leurs thèses de doctorat , que Jansénius aurait pu passer à Paris, mais qu'en fils pieux il préférait réserver pour Louvain, et que du Vergier de Hauranne , au moment de la passer, fut obligé d'ajourner par suite de rivalités imprévues entre la Sorbonne et le couvent des Grands -Augustins, nos deux amis prirent une grande résolution. Mécontents des études telles qu'on les faisait alors en Sorbonne, les trouvant trop superficielles , trop peu pratiques , ils se décidèrent à se retirer quelque part à la campagne , et à se consacrer à l'étude de l'antiquité chrétienne. Justement le père de M. du Vergier de Hauranne