‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 113 sur 394 · LIVRE IL — CHAPITRE IV 20i · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE IV 20i

cinq ou six autres à la Chartreuse de ce nom, située dans la forêt de Villers-Gotterets , et ils auraient formé le complot de ruiner la religion révélée et d'y substituer le déisme et même l'athéisme. Ce sont là de ces iniquités de polémique comme on en trouve dans tous les partis à toutes les époques. Que Jansénius, l'abbé de Saint -Gyran et quelques autres se soient réunis à Bourg-Fontaine , cela est bien possible ; qu'on y ait gémi du triste état de l'Eglise et de la nécessité de la régénérer, rien de plus probable ; mais qu'on ait imaginé de la supprimer et de la remplacer par l'athéisme , cela passe toute mesure, 11 n'y a rien de moins athée que Jansénius, de moins naturaliste que Saint -Gyran. Ni dans leurs écrits, ni dans leurs lettres, ni dans leurs conversations , ni dans leurs vies , ni dans leurs morts , on ne voit aucune pente au déisme. Ils penchaient du côté opposé, au fanatisme religieux, à l'austérité excessive , et ils songeaient non pas à détruire l'Eglise , mais à la ressusciter, en la rehaussant d'après le faux idéal qu'ils avaient conçu. Les deux amis se séparèrent peu après en se promettant la discrétion, la prudence. A partir de ce moment, en effet, leur correspondance redouble d'activité ; mais ils ne se servent plus que d'une écriture chiffrée et d'une espèce d'argot qu'on a peine à pénétrer.

Pendant que Jansénius, rentré à Louvain , se replongeait dans l'étude de saint Augustin et commençait à rédiger son Augustinus , l'abbé de Saint- Gyran venait à Paris, et cherchait habilement à se créer des relations et à y insinuer ses idées. Mis en rapport avec M. d'Andilly, il le fut par lui avec sa sœur, la Mère Marie- Angélique, la jeune abbesse et réformatrice de Port-Royal, qui l'introduisit dans son monastère, et mit, hélas ! son âme , son ardeur, sa pureté angélique , son influence au service de ses détestables doctrines.

En même temps que l'abbé de Saint-Gyran pénétrait

ainsi et s'établissait dans Fabbaye de Port- Royal, il cherchait à se glisser dans l'Oratoire , où ce bon cardinal de Bérulle , touché de sa piété , le recevait avec une bienveillance dont il allait abuser. Il allait voir aussi M. Bourdoise, qui le recevait à bras ouverts. Comment ne pas accueillir avec bonheur un homme si grave, si humble, si cordial, si ami de l'Eg-lise, qui assiste à genoux au salut, qui porte la soutane et le surplis, et qui chante au lutrin? « S'il a des opinions singulières, ce n'est pas à Adrien Bourdoise d'en juger; il n'est pas lettré, et il est connu pour tel. »

Mais, siéminents que fussent ces personnages, M. de Saint-Gyran en visait un plus grand encore ; et il n'est pas de ruses et d'habileté qu'il n'ait employées pour arriver jusqu'à lui. Saint Vincent de Paul était la simplicité et la droiture, de plus la charité même et la bienveillance. Il ne soupçonnait pas le mal; pour y croire, il fallait qu'il lui fût démontré vingt fois. De son côté, l'abbé de Saint-Gyran ne négligeait aucune occasion de venir en aide à saint Vincent de Paul; et par l'intermédiaire de ses amis , le premier président Le Jay, l'avocat général Bignon , il rendit, en effet, de vrais services à notre saint et à sa congrégation. Très prudent et dissimulé , il parlait peu au début de ses idées sur l'état de l'Eglise et de ses projets de réformation. Peu à peu cependant, quand il crut s'être rendu maître de cette belle âme, si simple et si confiante, ses lèvres se desserrèrent. Un jour il amena la conversation sur un article du symbole calviniste, et il en prit la défense. « Y pensez- vous. Monsieur? interrompit Vincent. — Sans doute, reprit Saint-Gyran; Calvin n'a pas eu tant mauvaise cause , seulement il l'a mal défendue : jBen,e sensit, maie locutus est.» Un autre jour, comme l'abbé de Saint-Gyran soutenait une doctrine condamnée par le concile de Trente : « Oh I Monsieur, vous allez trop avant. Cette doctrine a été con-

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