‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 117 sur 394 · LIVRE IL — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE IV

de le faire parler. Mais celui-ci s'était enfermé dans un silence prudent ; ce qui avait irrité le cardinal , qui l'avait brusquement renvoyé en se grattant la tête, son grand geste de mécontentement.

C'est au milieu des ennuis de ce procès, qui traînait, qui n'aboutissait pas , que Dieu ménagea tout à coup à notre saint une consolation d'un prix inestimable. Ce fut l'arrivée à Paris de la vénérable Mère de Chantai , qui, âgée de soixante-neuf ans, fondatrice de quatrevingt-six maisons , n'ayant plus qu'un mois à vivre, venait dire un dernier adieu à ses filles de Paris. Il la revit donc, cette femme admirable dont il se disait le fils, qu'il appelait sa mère, son unique mère*, et pour laquelle il éprouvait une vénération, je dirai plus, une sorte de filiale afTection dont , contre son habitude , lui si réservé, il ne savait pas contenir l'expression. « ma chère mère, lui écrivait-il un jour, permettez que je vous demande si votre bonté non pareille me laisse encore le bonheur de la jouissance de la place qu'elle m'a donné dans son cher et tout aimable cœur ^ ! » Et encore : « Oh ! quelle dilection Dieu me donne pour ma chère mère, que je chéris incomparablement^! » Quoiqu'elle n'eût que quatre ans de plus que lui, et qu'il fût son confesseur et son directeur quand elle venait à Paris, il ne se considérait que comme son fils. Il la vénérait pour son incomparable vertu , pour ses dons naturels, si hauts, si exceptionnellement réunis dans la même âme. Il lui trouvait « l'esprit juste, prudent, tempéré et fort en un degré très éminent"* ». Il enviait son activité. « ma mère, lui écrivait-il, demandez à Dieu pour moi la vertu de diligence qu'il vous a si

1 Lettres, t. I, p. 335, n» 301.

2 Ibid., p. 257, nf> 244.

3 Ihid., p. 378, n- 335.

* Ihid., p. 385, no 341.

abondamment donnée*. » Il admirait son don de fermeté uni à tant de douceur. « Je tâcherai de vous obéir à l'égard de la maison du faubourg, et j'y mettrai l'ordre que vous désirez, si vous impétrez de Notre- Seigneur qu'il me fasse part de la fermeté qu'il vous a donnée dans la douceur ^. » Il avait surtout une foi absolue dans son incomparable jugement. Il lui soumettait ses plans, ses projets, et lui demandait humblement son avis , même dans les choses les plus intimes de sa congrégation^. Il lui exposait non moins simplement les améliorations qu'il aurait désirées à la sienne, mais avec quelle humilité! Saint Vincent de Paul aurait voulu que l'on établît un visiteur général pour toutes les maisons de la Visitation ; sainte Chantai n'y ayant pas consenti : « Dieu, écrit-il, combien pleinement je soumets et ma volonté et mon jugement, ne doutant point que ce ne soit la volonté de Dieu, puisqu'elle est celle de ma digne mère , qui est tellement ma digne mère , qu'elle est la mienne unique que j'honore et chéris plus tendrement que jamais enfant ait aimé et honoré la sienne après Notre-Seigneur, et qui semble que cela va à un tel point, que j'ai assez d'estime et d'amour pour en donner à tout un monde , et cela certainement sans exagération *. » Mais rien - n'égale l'incomparable témoignage qu'il lui rendit peu après, et où il déclare qu'il l'a connue pendant plus de vingt ans ; qu'elle lui a sans cesse ouvert son intérieur; qu'il l'a toujours trouvée éminente en toutes sortes de vertus , en humilité, en mortification, en obéissance, en zèle, en amour de Dieu; et que, pendant ce grand espace de temps, il n'a jamais remarqué en elle aucune imperfection ^.

1 Lettres, t. I, p. 336, n» 301.

» Ihid., p. 373, no 330.

' Ibid., p. 253, n" 244. * Ibid., p. 335, no 301.

» Ibid., p. 385, no 341.

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