‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 123 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

ment du Roi du ciel, que de dire qu'il soit honoré par nos communions, et que Jésus-Christ ne peut recevoir que de la honte et de l'outrage par nos fréquentes communions? Pour moi, je vous avoue franchement que, si je faisais autant d'état du livre de M. Arnault que vous en faites, non seulement je renoncerais pour toujours à la messe et à la communion par esprit d'humilité, mais même j'aurais de l'horreur du sacrement, étant véritable qu'il le représente à l'égard de ceux qui communient avec les dispositions ordinaires que l'Eglise approuve, comme un piège de Satan et comme un venin qui empoisonne les âmes, et qu'il ne traite rien moins ceux qui en approchent en cet état que de chiens, de pourceaux et d'antéchrists. » Il ajoute avec une pointe d'ironie et d'indignation : « Quand on fermerait les yeux à toute autre considération, pour remarquer seulement ce qu'il dit en plusieurs endroits des dispositions admirables sans lesquelles il ne veut pas qu'on communie, se trouvera-t-il un homme sur la terre qui eût si bonne opinion de sa vertu, qu'il se crût en état de pouvoir communier dignement ? Cela n'appartient qu'à M. Arnault, qui, après avoir mis ces dispositions à un aussi haut point qu'un saint Paul eût appréhendé de communier, ne laisse pas de se vanter par plusieurs fois dans son apologie qu'il dit la messe tous les jours ; en quoi son humilité est autant admirable qu'on doit estimer sa charité et la bonne opinion qu'il a de tant de sages directeurs, tant séculiers que réguliers, et de tant de vertueux pénitents qui pratiquent la dévotion, dont les uns et les autres servent de sujets à ses invectives ordinaires. Au reste, j'estime que c'est une hérésie de dire que ce soit un grand acte de vertu de vouloir différer la communion jusqu'à la mort, puisque l'Eglise nous commande de communier tous les ans. ))

Si on ne pouvait plus s'approcher de la sainte com-

munion , les conditions exigées étant si hautes , comment pom^rait-on dire la sainte messe? Il n'y aurait plus qu'à l'abolir, ainsi que le fait remarquer très justement saint Vincent de Paul : « Gomme cet auteur éloigne tout le monde de la communion , il ne tiendra pas à lui que toutes les églises ne demeurent sans messe, pour ce que, ayant vu ce que dit le vénérable Bède , que ceux qui laissent de célébrer ce saint sacrifice sans quelque légitime empêchement, privent la sainte Trinité de louange et de gloire, les anges.de réjouissances, les pécheurs de pardon, les justes de secours et de grâces, les âmes qui sont en purgatoire de rafraîchissement, l'Eglise des faveurs spirituelles de Jésus-Christ, et eux-mêmes de médecine et de remède : il ne fait point de scrupule d'appliquer tous ces effets admirables aux mérites d'un prêtre qui se retire de l'autel par esprit de pénitence , comme on voit dans le chap. xxxx de la première partie. Il parle même plus avantageusement de cette pénitence que du sacrifice de la messe. Or qui ne voit que ce discours est très puissant pour persuader à tous les prêtres de négliger de dire la messe, puisqu'on gagne autant sans la dire qu'en la disant , et qu'on peut dire même , selon les maximes de M. Arnault, qu'on gagne davantage? car, comme il relève i'éloignement de la communion, il faut aussi qu'il estime beaucoup plus excellent I'éloignement de la messe que la messe même. »

En même temps que saint Vincent de Paul luttait énergiquement pour maintenir l'usage de la communion fréquente , il s'élevait avec force contre ce prétendu rétablissement de la pénitence publique, qui ne consistait guère qu'à s'éloigner de la confession , à mettre quatre ou cinq mois entre la confession et l'absolution, sous prétexte que l'on ne pouvait recevoir l'absolution qu'avec la contrition parfaite. « Il est vrai, disait-il, que saint Charles Borromée a suscité l'esprit de pénitence

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