LIVRE II. — CHAPITRE V
dans son diocèse , mais il n'a pas constitué la pénitence à se retirer de la sainte confession et de l'adorable communion , si ce n'est aux cas portés par les canons , que nous tâchons de pratiquer en cas des occasions prochaines , des inimitiés , des péchés publics ; mais il était bien éloigné de ce qu'on dit, qu'il ordonnait des pénitences publiques pour des péchés secrets , et à faire la satisfaction avant l'absolution , comme le livre dont il est question prétend faire ; et jamais l'on ne trouvera qu'il ait établi la pénitence publique ou l'éloignement de la communion pour toutes sortes de péchés mortels, ni qu'il ait voulu qu'on mît trois ou quatre mois entre la confession et l'absolution , comme il se pratique très souvent, et pour des péchés ordinaires, par ces nouveaux réformateurs ; de sorte qu'encore qu'il y puisse avoir de l'excès à donner facilement l'absolution à toutes sortes de pécheurs , qui est ce que saint Charles déplore, il ne faut pas conclure de là que ce grand saint approuvât les extrémités dans lesquelles M. Arnault s'est jeté, puisqu'elles sont entièrement opposées à quantité d'ordonnances qu'il a faites. »
Et comme on lui objectait que cette discipline de la pénitence, et même publique, avant l'absolution remontait aux apôtres et à Jésus-Christ, et que l'Eglise n'avait pu y toucher sans cesser d'être la colonne de la vérité : « Tout cela porte à faux, disait-il; l'Eglise, qui ne change jamais quant aux choses de la foi, ne le peutelle pas faire à l'égard de la discipline ? et Dieu , qui est immuable en lui-même, n'a-t-il pas changé ses conduites à l'égard des hommes? et Notre- Seigneur son Fils n'a-t-il pas changé quelquefois les siennes, et les apôtres les leurs ? A quel propos cet homme dit-il donc que l'Eglise serait en erreur, si elle ne retenait l'affection de rétablir ces sortes de pénitences qu'elle pratiquait au passé ? Gela est-il orthodoxe ? »
Si notre saint avait été si ému en lisant le livre de la
Fréquente Communion d'Arnault , il le fut bien davantage quand il commença à étudier VAuffustinus de Tévêque d'Ypres, Jansénius. Le livre de la Fréquente Communion ne touchait qu'à quelques-unes des pratiques les plus nécessaires, il est vrai, du christianisme ; YAuqustinus, au contraire, s'attaquait à sa constitution même. L'Incarnation réputée nécessaire, la Rédemption n'ayant opéré que pour quelques-uns, la liberté éteinte par le péché, la grâce toute -puissante et écrasant la volonté ; quelques hommes sauvés , on ne sait pourquoi, par une volonté arbitraire; le reste abandonné, selon une expression célèbre, dans une sorte de masse de perdition : voilà l'espèce de christianisme injuste et cruel que Jansénius rêvait de substituer à Vœuvre de l'humanité et de la, bénignité de Notre- Seigneur Jésus -Christ. Une sorte de bataille ardente, où prirent part non seulement les théologiens, mais les gens du monde, et qui émut les salons autant que les universités , commença autour de ce gros in-folio. L'écho de cette bataille retentit à travers toutes les lettres de M™^ de Sévigné.
Pour que les coups ne s'égarassent pas dans le vide , un docteur en théologie, le maître de Bossuet, « un homme de l'ancienne marque, de l'ancienne simplicité, de l'ancienne probité, » Nicolas Cornet, condensa le gros in-folio en cinq propositions, « qui sont, dit Bossuet, l'âme du livre, le livre même. » Ecoutons ici Bossuet faisant l'oraison funèbre de Nicolas Cornet, et profitant de cette occasion pour jeter sur toute cette affaire du jansénisme son coup d'œil de maître. D'un mot il va illuminer toutes ces matières ténébreuses. « Deux maladies dangereuses, disait-il, ont affligé en nos jours le corps de l'Eglise ; il a pris à quelques docteurs une malheureuse et inhumaine complaisance, une pitié meurtrière qui leur a fait porter des coussins sur les coudes des pécheurs, chercher des couvertures à