‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 126 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

de l'école, jusqu'où elles couraient et où elles commençaient à se séparer. C'est de cette expérience , de cette connaissance exquise, et du concert des meilleurs cerveaux de Sorbonne, que nous est né l'extrait de ces cinq propositions, qui sont comme les justes limites par lesquelles la vérité est séparée de l'erreur, et qui , étant, pour ainsi parler, le caractère propre et singulier des nouvelles opinions , ont donné le moyen à tous les autres de courir unanimement contre leurs nouveautés inouïes. »

Dénoncées à la Sorbonne en juillet 1649, puis condamnées par elle , ces cinq propositions furent déférées à Rome, par une lettre au bas de laquelle se trouvèrent bientôt réunies près de quatre -vingt- cinq signatures d'évêques. Notre saint travailla ardemment à provoquer et à recueillir ces signatures. Il écrivit de tous côtés. Il obtint même de la reine Anne d'Autriche qu'elle écrivît au pape, pour qu'il voulût bien se hâter de définir la foi sur ce point. « Il y a trois mois, disait-il, que je fais mon oraison sur la doctrine de la grâce, et Dieu m'accorde tous les jours de nouvelles lumières qui me confirment dans la foi que Notre -Seigneur est mort pour tous, et qu'il veut sauver tout le monde. » Et de même sur la question de la grâce donnée à tous , suffisante pour tous : « Eh ! certes , je ne sais pas comment Dieu, étant une bonté infinie qui ouvre tous les jours les bras pour embrasser les pécheurs : Expandi manus meas quotidie , aurait le cœur de refuser des grâces à tous ceux qui les lui demanderaient, et ,se laisserait surmonter par la bonté de David, qui était empressé de trouver quelqu'un de la maison de son ennemi pour lui faire miséricorde. »

C'est ainsi que saint Vincent de Paul trouvait dans son cœur, dans les intuitions de son âme admirable, les vraies réponses aux sophismes cruels de l'hérésie.

En même temps que saint Vincent de Paul recrutait

des adhésions épiscopales à la lettre qui dénonçait au pape les cinq propositions, il se cotisait avec M. Olier et M. de Bretonvilliers pour envoyer à Rome des théologiens chargés de démontrer au pape et aux cardinaux les dangers que ces propositions faisaient courir à l'Eglise de France, Les jansénistes en avaient déjà envoyé, et en particulier le célèbre Père des Mares, de l'Oratoire. Il n'entre pas dans notre plan de raconter les discussions interminables qui eurent lieu alors : les séances de la congrégation particulière nommée par le pape, à dix ou douze desquelles, de trois ou quatre heures chacune, le pape Innocent X crut devoir assister ; la dernière et solennelle séance , où le Père des Mares parla quatre heures en présence du pape, et mille autres réunions de même nature ; jusqu'à ce qu'enfin un matin, le 9 juin 1653, Innocent X, s'étant recommandé à Dieu , appela un de ses secrétaires et lui dicta la bulle Cum occasione en une matinée. Il la fit afficher le soir même au champ de Flore , et expédier immédiatement en France.

La joie de saint Vincent de Paul en recevant la bulle fut profonde. Il en écrivit immédiatement à Ms'^ Alain de Solminihac, évêque de Gahors : « Monseig;neur, je vous envoie une nouvelle qui vous sera fort agréable : c'est la condamnation des jansénistes, de qui les cinq propositions ont été déclarées hérétiques dès le 9 juin. La bulle en fut publiée dans Rome le même jour, et arriva en cette ville la fête de saint Pierre ; et ayant été présentée au roi et à la reine par M?' le nonce , Leurs Majestés l'ont fort bien reçue, et Ms^ le cardinal a promis de tenir la main à l'exécution. Tout Paris en a tressailli de joie, au moins ceux du bon parti, et les autres témoignent de s'y vouloir soumettre. M. Sing-lin, qui en est le patriarche avec M. Arnault, a dit qu'il fallait obéir au Saint -Sièg"e, et M. du Hamel, curé de Saint-Merri, l'un des arcs-boutants de cette nouvelle

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