‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 136 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE VI

de Vincent, s'adressa à un de ses prêtres et lui dit : ({ Que M. Vincent me fasse accorder cette abbaye, et je m'engage, sans démarche de sa part ni d'aucun de sa congrégation , à le faire rentrer dans tous les beaux droits et les beaux revenus dont on a privé Saint-Lazare; je sais parfaitement la voie à suivre pour cela. Que M. Vincent n'ait pas de scrupule, et qu'il ne perde ni le temps de sa faveur ni cette occasion pour accommoder sa compagnie. Est-ce que les autres communautés, celle-ci, celle-là, s'en font faute? » A ce beau discours , quand il lui fut rapporté, le saint se contenta de répondre : ce Pour tous les biens de la terre, je ne ferais jamais rien contre Dieu ni contre ma conscience. La compagnie ne périra point par la pauvreté", c'est par manque de pauvreté plutôt qu'il est à craindre qu'elle ne vienne à périr. ))I1 répondit de même au gouverneur d'une ville considérable, qui le priait de lui rendre un bon office à la cour, et lui promettait en récompense de soutenir les missionnaires du lieu , dont des personnes puissantes traversaient l'établissement : « Je vous servirai si je puis, dit-il; mais pour ce qui regarde l'affaire des prêtres de la Mission, je vous prie de la laisser entre les mains de Dieu et de la justice. J'aime mieux qu'ils ne soient pas en votre ville, que de les y voir pa. la faveur et l'autorité des hommes *. » Toutes les propositions, de quelque nature qu'elles fussent, venaient s'émousser sur ce désintéressement, comme des flèches sur un bouclier impénétrable.

Mais ce que saint Vincent de Paul s'était promis encore plus que tout cela, c'était de profiter de cette situation qu'il n'avait pas cherchée , que Dieu lui avait faite malgré lui, pour travailler avec toute l'énergie dont il était capable, toute la douceur, la patience, mais aussi le zèle qu'il sentait dans son âme, à achever

* Maynard, t. III, p. 406-407.

le renouvellement de FEglise de France en lui donnant de bons évêques. En définitive, tout dépend d'eux. Si vous avez des évêques sans vocation, sans science, sans mœurs, indignes même d'être prêtres, scandalisant leur clerg-é , leur troupeau , que voulez-vous que deviennent ceux-ci? Si vous avez des évêques ne résidant jamais, ne venant dans leur diocèse que pour toucher leurs revenus, couper leurs bois, rebâtir somptueusement leur palais, comment leurs prêtres seront-ils humbles, modestes, détachés, aimant leurs pauvres presbytères? Si vous avez des évêques ambitieux, trouvant toujours leur siège trop petit, rêvant de passer d'un évêché à un archevêché pour devenir cardinal , et usant leur petite âme à cette petite besogne, comment leurs prêtres n'auront-ils pas les mêmes visées d'ambition, et ne rêveront-ils pas de grasses prébendes , voire même des abbayes et des évêchés? Or tous ces désordres étaient fréquents dans l'épiscopat et rendaient presque impossible la régénération du clergé.

La première chose que Vincent de Paul parvint à faire établir par le conseil de conscience, fut qu'on ne mettrait plus sur les sièges épiscopaux des enfants. Pour être nommé à une abbaye , il faudrait avoir dixhuit ans accomplis ; à un prieuré ou à un canonicat, dans une église cathédrale , seize ans ; à un canonicat dans une collégiale, quatorze ans. Quant aux évêques, on n'en nommerait plus qui n'eussent un an de prêtrise. Hélas ! dès ces premiers mots on touche aux plaies vives de l'Eglise de France au xvii^ siècle. Il fallait que le mal fût bien profond pour que saint Vincent de Paul n'osât pas demander davantage.

La seconde chose que notre saint fit établir, c'est qu'avant de nommer aux évêchés on ne les dépouillerait pas de leurs biens. C'était l'usage de tailler dans les biens d'un évêché des revenus pour des seigneurs et des fils de seigneurs , en sorte que quand le pauvre

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