‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 144 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE VI

quelques épisodes, où saint Vincent de Paul déploya les plus éminentes qualités avec les plus rares vertus : la douceur et la fermeté , l'humilité la plus profonde avec l'énergie la plus invincible , la patience au milieu des injures, la grâce dans le refus, et un zèle intrépide pour les intérêts de Dieu , avec la plus respectueuse soumission à l'autorité royale même lorsqu'elle s'égarait. « Dans l'homme de Dieu, dit Fénelon, brillaient un incroyable discernement des esprits et une fermeté singulière. N'ayant égard ni à la faveur ni à la haine des grands, il ne consulta que l'intérêt de l'Eglise, lorsque dans le conseil de conscience, par l'ordre de la reine Anne d'Autriche , mère du roi , il disait son avis sur le choix des évêques. Si les autres conseillers de la reine eussent adhéré plus constamment à cet homme, à qui l'avenir semblait dévoilé , on eût écarté bien loin de la charge épiscopale certains hommes qui ensuite ont excité de grands troubles. » Mais, s'il ne put empêcher tous les abus et toutes les défaillances, il eut la consolation de voir monter sur les sièges épiscopaux une foule de saints prêtres et de saints religieux , plusieurs ses élèves, qui assurèrent la régénération de l'Eglise de France.

Mais, si grand que fût ce service rendu par saint Vincent de Paul au conseil de conscience, de multiplier le nombre des saints évêques, il fit quelque chose de plus haut, de moins passager: il assura le triomphe des principes. Il fit respirer à la reine, au cardinal, à tous les ministres, aux plus grandes familles, le parfum sublime du vrai sacerdoce de Jésus -Christ. Il mit un frein à la fureur des trafics et des concussions ecclésiastiques. Il obligea la simonie à se cacher, et, en épurant les vocations, il prépara l'avenir. Déjà il y avait puissamment contribué en créant les petits et les grands séminaires dans la forme parfaite qu'ils ont conservée depuis ; en instituant les exercices des ordinands , qui se

sont perfectionnés et subsistent encore ; les retraites de Saint- Lazare, qui sont devenues les retraites annuelles du clergé ; et enfin les conférences du mardi , prélude et germe des conférences ecclésiastiques. Maintenant il achevait son œuvre au conseil de conscience, et il prenait décidément le premier rang dans ce groupe incomparable de grands hommes et de grands saints qui ont fait l'Eglise de France , et qui , par les fortes et fécondes institutions qu'ils lui ont données , l'ont rendue capable de traverser toutes les révolutions et de survivre à tous les périls.

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