‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 145 sur 394 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Saint Vincent de Paul applique les dames du monde au service des pauvres.

Il faut revenir sur nos pas. C'est le droit de l'historien, c'est la nécessité d'une vie aussi remplie que celle-ci.

Pendant que saint Vincent de Paul travaillait avec tant d'énerg-ie et de persévérance à la réformation du clergé de France , il reprenait et continuait sur de plus grandes bases une œuvre dont il s'était déjà occupé plusieurs fois : l'application chrétienne des classes riches au service et au soulagement des pauvres. La foi profonde qui le mettait aux pieds du pauvre le portait à désirer que tout le monde s'y mît avec lui. Il y poussait toutes les âmes. Contre tous nos péchés et nos défaillances, il ne voyait pas de remède plus assuré que le service personnel et courageux des pauvres. Les

circonstances au milieu desquelles il vivait excitaient encore son zèle. Les pauvres remplissaient Paris et les grandes villes, et jusqu'aux moindres villages, dans des proportions' dont notre société moderne ne peut donner l'idée. Les ordres religieux, chassés ou diminués par la révolution protestante, les hôpitaux désorganisés, les asiles fermés, avaient jeté dans la rue une foule d'enfants, de vieillards, de malades qui manquaient de tout. Leur nombre allait encore augmenter à la suite de la guerre de Trente ans, où la famine et la peste devaient réduire à la dernière misère nos plus belles provinces : la Lorraine , la Bourgogne , la Champagne, l'Orléanais, les environs de Paris, et faire de la France si riche le théâtre de misères inconnues jusquelà. Et enfin, puisqu'il faut regarder plus loin, car les saints sont faits pour l'avenir autant et quelquefois plus que pour le présent, on approchait d'une époque où la démocratie allait faire comme une irruption violente dans la société, où elle allait réclamer sa part de la fortune publique, le fusil à la main, et où, pour la calmer, pour lui faire entendre raison , il faudrait lui envoyer tout ce qu'il y a de plus doux, de plus bienfaisant, de plus généreux dans les classes riches. Dieu s'y prend de loin , et en présence de la grande crise de la misère au x^^I^ siècle, de la crise plus redoutable encore de la démocratie au xvin® et au xix^ siècle, il envoyait, pour préparer les ressources , le plus grand créateur et organisateur de la Charité, saint Vincent de Paul.

Il ne faudrait pas s'imaginer cependant que, dans l'organisation de toutes ces œuvres que nous allons voir apparaître au souffle de notre saint, il ait eu un plan préparé longtemps d'avance dans de profondes méditations. Il n'en avait point. Tout sortait d'un cœur ardent , impressionnable, tendre , qui ne pouvait pas voir une misère sans se demander comment il la soulagerait , et en même temps d'un esprit sage , plein de bon

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