‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 147 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

Paul} auquel son immense fortune fut toujours ouverte, et par laquelle il put toujours parvenir, pour le soutien de ses œuvres, au cardinal de Richelieu et à la reine Anne d'Autriche. Habitant le petit Luxembourg, sur la paroisse Saint- Sulpice, elle avait obtenu de M. Olier une clef de l'église; et elle passait secrètement une partie de ses nuits prosternée devant le saint Sacrement, où M. Olier l'aperçut plusieurs fois en se cachant lui-même.

Après la duchesse d'Aiguillon, il faut nommer la présidente Goussault, d'un rang inférieur assurément, mais d'une âme non moins haute , et qui , entre autres honneurs, eut celui de suggérer à saint Vincent de Paul la pensée de l'assemblée régulière des dames de Charité , dont elle fut la première présidente. Mariée à un président de la chambre des comptes, veuve de bonne heure , mère de cinq enfants , « riche et d'une éclatante beauté*, » elle allia à l'éducation de ses petits enfants l'amour le plus tendre pour les pauvres. C'était une femme de tête et de jugement, d'un bon sens admirable, dont saint Vincent de Paul réclamait sans cesse les conseils, et à laquelle il envoyait toujours, dans les cas difficiles , M^^^ Le Gras avec ce mot : « Sachez ce qu'en pense la présidente. » Elle vivait comme les Filles de Charité, à une époque où celles-ci n'étaient encore qu'à leurs débuts, et son dernier regret, en mourant trop tôt (1639), fut de n'avoir pas plus complètement appartenu à cette compagnie , si humble alors. On lui doit deux œuvres capitales : la création des assemblées de charité et la nouvelle organisation de l'Hôtel-Dieu, dont nous parlerons plus tard.

A la présidente Goussault associons cette autre présidente, son amie, d'un esprit si élevé, d'un courage si indomptable , Charlotte de Ligny, présidente de Herse.

1 Vie de MV* Le Gras, 120.

Parente de M. Olier, formée par saint François de Sales, qui « l'aimait comme son âme »,et qui avait tenu un de ses enfants sur les fonts du baptême, elle était d'une ardeur sans pareille pour le bien , et, une œuvre entreprise , elle ne savait plus reculer. Elle avait donné à saint Vincent de Paul sa maison de Fréneville , pour y établir une Charité, qu'elle soutint toujours de sa bourse. Mais son attrait principal, qu'elle devait sans doute à saint Vincent de Paul , était d'aider à la sanctification du clergé. Nul sacrifice ne lui coûta pour soutenir d'abord les exercices des ordinands à Chartres et à Paris, pour aider ensuite à la fondation des séminaires.

Il ne faut pas oublier, dans ce premier groupe, une grande amie de la duchesse d'Aiguillon, M°^^ la marquise du Vigean , d'une bonne naissance, d'une fortune considérable, et qui avait appris de M. de Bérulle d'abord, de saint Vincent de Paul ensuite, l'art d'en faire un saint usage. Elle avait deux filles : l'une , qui resta dans le monde, devint, grâce à l'amitié de M°^® d'Aiguillon, duchesse de Richelieu et marqua parmi les personnes les plus distinguées et les plus charitables de son temps; l'autre, la plus jeune, M^^^ Marthe du Vigean, dont la jeunesse irréprochable pourtant fut agitée d'étranges orages. A peine âgée de dix-neuf ans, elle fut remarquée par le jeune duc d'Enghien,le héros de Rocroy, qui s'éprit pour elle du plus violent amour. Jamais, disent les auteurs contemporains, on ne vit une passion pareille. Il ne la pouvait quitter. Quand il partait pour la guerre, c'était avec des sanglots et des larmes. Une fois même, lors de cette campagne où il remporta la victoire de Nordlingen , il s'évanouit en lui disant adieu. M^^^ Marthe était touchée d'un tel amour dans un si grand homme , et quoiqu'elle ne s'y montrât pas indifférente, néanmoins, ce qui domina toujours dans ses rapports avec le jeune duc, ce fut une ange-

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