‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 148 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

lique pureté. On avait imposé presque de force au duc d'Enghien un mariage qui ne lui avait jamais plu, et il travaillait à le faire casser par le roi et par le pape, se proposant ensuite d'obtenir du roi l'autorisation d'épouser M^^® du Vigean. Au milieu de ses rêves, bien capables d'enthousiasmer une jeune fille de vingt ans, qui voit s'approcher d'elle un mariage royal , saint Vincent de Paul vint un jour voir sa mère, qui était malade. La visite finie , la jeune fille dut reconduire le saint. Au milieu de l'escalier, tout à coup il se retourne vers elle : « Mademoiselle, vous n'êtes pas faite pour le monde. » Intérieurement la jeune fille se disait : « Si cet homme était prophète, il ne me parlerait pas ainsi.)) Puis, sachant le pouvoir qu'il avait auprès de Dieu, elle se prit à trembler à la pensée que le saint avait demandé pour elle la vocation religieuse, et elle le supplia d'un ton ému de n'en rien faire. Le saint sourit et ne répondit rien. Mais le trait avait porté, et quelque temps après le monde apprit avec admiration que M"^ Marthe du Vigean venait de cacher sa beauté, sa jeunesse, ses espérances, ses rêves, dans le grand Garmel, sous le nom de sœur Marthe de Jésus ^.

Voici maintenant une tout autre personne, M^^^ Pollalion, Marie de Lumague, qui, dans sa première jeunesse, d'une ardeur de piété extraordinaire, avait désiré vivement d'entrer au couvent des capucines de la rue Saint -Honoré, a Mais ses parents, prétextant sa santé , l'avaient contrainte à y renoncer et lui avaient fait épouser François Pollalion, résident de France à Raguse, lequel était mort à Rome peu d'années après leur mariage. Veuve à vingt-six ans , douée d'une vive intelligence, M^^^ Pollalion n'avait pas tardé à quitter

* Cousin, Madame de Longiieville , II, ch. ii. Voir aussi, dans l'Appendice, les notes du ch. ii, p. §93.

la cour, qu'elle avait embaumée du parfum de ses vertus, et même, assurait-on, de ses miracles, pour se vouer aux bonnes œuvres sous la direction de saint Vincent de Paul, Celui-ci, après avoir éprouvé son esprit et ses lumières, l'envoya , nous dit son historien, (( avec M''^ Le Gras et quelques autres dames , visiter les campagnes et entretenir les confréries de charité établies dans les provinces. » Ces deux âmes semblaient faites pour se comprendre et se compléter. M^^^ Pollalion , ardente, entreprenante, ne reculant devant aucun obstacle, également capable de souffleter publiquement une femme qui cherchait à corrompre une jeune fille, et de s'habiller en servante pour gagner par la douceur d'autres femmes non moins perverties , ou en paysanne pour instruire des villageois ignorants, ne pouvait que gagner au contact de M^^^ Le Gras , si sage, si prudente, si équilibrée. Celle-ci, à son tour, devait apprendre auprès de M^^^ Pollalion à couronner la netteté de l'énergie de son caractère par une assurance et une décision qui lui étaient moins naturelles qu'à son amie ^ » Indépendamment des services qu'elle rendait comme dame de Charité , accompagnant M^^^ Le Gras dans les campagnes, elle av'ait son attrait spécial, qui était de venir en aide aux pauvres jeunes filles que la beauté ou la pauvreté, ou l'abandon de leurs parents, avaient exposées à des chutes déplorables. Elle vendit son carrosse et ses pierreries , se voua à la vie la plus humble, et, aidée d'abord de sa fille et de son gendre, Claude Chastelain, secrétaire du conseil d'Etat, et plus tard de la reine Anne d'Autriche, elle fonda une grande maison, rue de l'Arbalète, près du Val-de-Grâce. Elle y réunit cent quatre-vingts jeunes filles, forma des maîtresses pour les diriger, et elle mendia pour les faire vivre. Mais, avant de s'élever à cet héroïsme, elle fai-

1 Vie de W^ Le Gras, p. 71.

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