‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 149 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

sait en ce moment ses premières armes sous la direction de saint Vincent de Paul.

A côté de ces pieuses femmes , nommons , et sur le même rang, la présidente de Lamoignon, qui, dirigée d'abord par saint François de Sales et plus tard par saint Vincent de Paul, s'adonna à tant d'œuvres de charité, que le peuple l'avait surnommée la mère des pauvres. Quand le peuple voyait saint Vincent de Paul se diriger vers l'hôtel de la présidente , il disait : (( Voilà le père des pauvres qui va chez la mère des pauvres^.» Averti de son décès , saint Vincent de Paul voulut aller la voir une dernière fois sur son lit de mort, et ses prières entrecoupées de sanglots lui firent un éloge incomparable. Heureusement elle laissait une fille qui allait l'égaler et même la surpasser dans la charité.

Nommons encore M™* Fouquet, mère du ministre, une grande âme pleine de magnanimité et de foi. Quand elle apprit la disgrâce de son fils, elle se contenta de dire : « Je vous remercie, ô mon Dieu; je vous avais toujours demandé le salut de mon fils, en voilà le chemin. »

Il faut joindre à ce groupe M"^® de Miramion, 'qui n'y entra qu'un peu plus tard , mais qui , dès les premiers jours, y prit une place considérable. Veuve à seize ans , après six mois du plus beau mariage , du plus tendre et du plus pieux (1645), enceinte de quatre mois et demi à la mort de son mari, elle fut au moment de mourir de chagrin. Sauvée par sa foi et son énergie, par Famour de l'enfant qu'elle portait dans son sein, elle se mit sous la conduite de saint Vincent de Paul , et commença une vie extraordinaire de charité. Vêtue comme une servante , elle demanda à M^^® Le Gras d'aller avec elle visiter les pauvres des faubourgs et les charités des campagnes. Mais son admirable beauté

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éclatant sous ses habits de servante , elle se vit recherchée par les plus brillants partis et eut même l'honneur et la douleur d'être enlevée par le hardi et célèbre Bussy-Rabutin , affolé d'amour pour elle, mais qu'elle couvrit de confusion par sa dignité et sa hauteur souveraine. Pour que pareille chose ne se renouvelât pas, elle conjura saint Vincent de Paul de lui permettre d'aller se cacher à la Visitation ; mais , en dépit de tant de périls, le saint n'y voulut pas consentir, désireux de garder un tel appui au grand mouvement de charité qui se dessinait de plus en plus. En effet, elle ne tarda pas à en prendre la tête. Elle recueillait dans sa maison, près de Saint- Nicolas -des -Champs, des petits orphelins, qu'elle nourrissait et instruisait elle-même. En 1651, quand vint la famine, elle distribua à sa porte plus de deux mille potages par jour. En 1652, la misère augmentant et ses revenus ne pouvant suffire, elle vendit son collier de perles 24,000 francs, et peu après toute sa vaisselle d'argent. Mais où elle se montrait davantage encore vraie fille de saint Vincent de Paul , c'est dans son zèle religieux pour le clergé. Elle établit à ses frais, à l'Hôtel-Dieu, une salle spéciale pour les prêtres vieux ou infirmes ; et elle créa ce qui fut appelé la bourse cléricale, destinée à aider les vocations ecclésiastiques, et dont elle était la trésorière, c'est-àdire la fournisseuse. A sa mort elle lui légua quinze cents livres.

Je ne ferai que nommer ici M}^^ Le Gras , dont jnous retrouverons le portrait au chapitre suivant, qui, veuve à vingt-quatre ans, se jeta dans le service des pauvres avec tant d'intrépidité , qu'elle ne craignit pas même le contact des pestiférés , au point de jeter saint Vincent de Paul dans le ravissement et de lui arracher l'aveu naïf qu'il en avait fait tout autant. « Je vous avoue , Mademoiselle, lui écrivit-il, quand il apprit cet acte d'héroïsme, que d'abord cela m'a si fort attendri le

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