LIVRE 1. — CHAPITRE I ii
de frais , le père de notre jeune saint vendit une paire de bœufs, et peut-être M. de Commet, que nous allons voir jusqu'à la fin si tendrement et si chrétiennement préoccupé de l'avenir du jeune Vincent, y ajouta de ses deniers. C'est avec ces secours que notre saint passa sa première année d'études. Les vacances venues , vers septembre 1598, ces ressources étaient épuisées; et, comme Vincent de Paul ne voulait être à charge ni à son père ni à son bienfaiteur , il fit ce que font encore aujourd'hui nos jeunes séminaristes pauvres, il chercha un préceptorat pour ses deux mois de vacances. Il en trouva un à cinq lieues de Toulouse, dans la petite ville et au château de Buzet^. Le seigneur, Hébrard de Grossoles, avait deux fils, Renaud et Jean, très jeunes encore ; il les lui confia pendant les vacances ; mais telle fut l'estime que lui inspirèrent la piété , l'intelligence et la tenue du jeune précepteur, que quand, les vacances finies, celui-ci déclara qu'il allait repartir pour continuer ses études à Toulouse, Hébrard de Grossoles et sa pieuse épouse aimèrent mieux se séparer de leurs enfants que de les séparer de leur saint précepteur , et ils les envoyèrent avec lui à Toulouse. Vincent de Paul irait aux cours de l'université , pendant que les enfants suivraient les cours de quelque collège ; et dans l'intervalle des leçons publiques , le précepteur les ferait travailler. D'autres enfants ne tardèrent pas à se joindre à ces deux premiers élèves de Vincent de Paul ; entre autres les deux petits neveux de cet héroïque Jean de la Valette, grand maître de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem, qui avait défendu l'île de Malte contre
pèchent le saint jeune homme d'y demeurer. Cela est possible, mais on n'en a pas de preuves. (Collet, t. I, p. 9.) La date exacte de ce voyage à Saragosse et la durée du séjour ne sont pas encore fixées.
ï Buzet (Haute-Garonne), arrondissement dé Toulouse, canton de Montastruc; 1,258 habitants.
toutes les forces de Soliman, et sauvé par là Thonneur et la sécurité de l'Europe chrétienne. Le duc d'Épernon, proche parent de ces deux jeunes seigneurs, fut si touché des soins intelligents et dévoués du saint, qu'il lui voua une profonde admiration, et tout son regret pendant de longues années fut de ne pas réussir à le faire nommer évêque*.
C'est au milieu de ce petit monde , dont il était à la fois le père et le maître, que notre jeune Vincent continua et acheva pendant sept ans ses études théologiques. Il fut reçu successivement bachelier en théologie , chargé d'expliquer le second livre de Pierre Lombard, et les auteurs du Gallia christiana lui ont même donné le titre de docteur en théologie. On a ses lettres de bachelier^ et celles qui l'autorisent à expliquer le maître des sentences ^ ; mais son diplôme de docteur ne s'est pas retrouvé , et plusieurs ont soupçonné qu'il l'avait détruit par humilité^. Quoi qu'il en soit, « il se trouve , dit Abelly , que , de compte fait , il a employé plus de seize ans continuels à étudier , tant en la ville de Dax qu'en l'université de Toulouse^. » Longtemps les jansénistes, abusant de quelques paroles de l'humilité de notre saint , qui se proclamait « un pauvre écolier de quatrième ^ » , ont essayé d'établir qu'il manquait de science ; ceux qui ont lu les deux mille lettres qu'on
1 Collet, t. 1er, p. 10.
2 Lettres authentiques données après la mort du saint au mois d'octobre 1664, signées André Gallus, recteur de l'université, et Assolens, secrétaire.
3 Lettres données en la même année, et signées Goëlmez, chancelier de l'université de Toulouse, et Sofîerez, trésorier.
* Gallla, christ., t. II, p. 1403 : « Vigesimus octavus abbas abbatiae S. Leonardi de Calmis, in Alnisio, ordinis Gisterciensis fuit Vincentius de Paul doctor theologus, reginae Margaritae a consiliis eleemosynarius. »
!» Abelly, t. I, ch. iii, p. 12.
6 Id., ibid., p. 13.