‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 153 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

préposés à toutes les grandes œuvres de la Charité.

La compagnie des dames de Charité, dont il est ici question, ne doit pas être confondue avec la confrérie de la Charité ; elles diffèrent l'une de l'autre par leur date, leur organisation et leur but. La compagnie ou assemblée des dames de Charité, établie d'abord pour secourir les malades de l'Hôtel-Dieu en 1634, embrassa bientôt des œuvres multiples ; elle compta jusqu'à trois cents membres pris dans les classes les plus élevées de la société, et seconda saint Vincent de Paul dans les grandes œuvres qui remplirent les vingt -cinq dernières années de sa vie. Voici quelle en fut l'origine.

y^me ig^ présidente Goussault allait souvent à l'Hôtel- Dieu, où elle avait une cousine religieuse, et, en l'accompagnant dans les salles , elle entrevit bien des abus ou du moins des lacunes. Il passait là, chaque année, environ vingt-cinq mille personnes de tout âge, de tout sexe, de tout pays, de toute religion. Quel bien à faire, si tout y eût été ordonné saintement ! Mais c'est en vain qu'une religieuse admirable, Marguerite Bouquet du Saint Nom de Jésus, avait en 1613, il y avait vingt ans, fait passer à travers ces éléments refroidis le souffle divin de la charité ; après elle le mal avait repris son cours, et les abus s'étaient multipliés. Notre saint écouta attentivement la présidente Goussault, et, tout en reconnaissant avec elle que ses plaintes étaient justes et qu'il y avait là du bien à faire, il lui dit que la chose était délicate. « A Dieu ne plaise, ma fille, que j'aille mettre ma faux en la moisson d'autrui ! L'Hôtel-Dieu est gouverné , au spirituel et au temporel , par des personnes que j'estime très sages. Je n'ai ni caractère ni autorité pour empêcher les abus qui peuvent se trouver là comme partout ailleurs. Il faut espérer que ceux qui sont chargés du gouvernement de cette grande maison y apporteront les remèdes nécessaires. » Saint Vincent de Paul parlait d'or, mais cela ne suffit pas

toujours aux femmes. Il y avait là des abus à réprimer, du bien à faire. Dès lors il fallait passer outre aux délicatesses et aux timidités du bon saint. Après l'avoir fatigué et harcelé, voyant qu'elle n'en obtenait rien, la présidente Goussault alla trouver l'archevêque de Paris, et elle en obtint, en 1634, une lettre où celui-ci disait à Vincent de Paul qu'il le verrait avec plaisir accéder aux propos de la présidente.

Sur ce mot, notre saint ne douta plus de la volonté de Dieu; et aussitôt, « sans plus de délibération ni de délai, il invita quelques femmes de condition et de piété à se rendre au jour marqué chez la présidente. Les dames de Ville-Savin , de Bailleul , du Mecq , de Sainctot , de Pollalion , furent fidèles au rendez-vous * , » et il organisa immédiatement l'œuvre. La seconde assemblée fut encore plus nombreuse. On y voyait M™^ Elisabeth d'Aligre , chancelière de France ; Anne Petau , veuve de messire de Traversay ; et Marie Fouquet , mère du surintendant des finances. Il fut réglé que les dames de Charité iraient désormais chaque jour, quatre par quatre, visiter les pauvres de l'Hôtel-Dieu. On pria le saint de rédiger un règlement, et il le fit exquis de délicatesse comme toujours. En arrivant à l'Hôtel-Dieu, les dames devaient aller trouver les sœurs, et leur demander très humblement si elles ne voudraient pas permettre qu'elles vinssent les aider dans le service des malades. On ne refuse pas à une présidente Goussault, à une Lamoignon , à une Marie de Gonzague ; on s'incline avec un profond respect , et on y trouve un grand honneur. Ainsi les dames de Charité entrèrent dans l'Hôtel-Dieu, s'approchèrent du lit des malades, et brisant avec des routines détestables, substituant à des habitudes irréfléchies les règles sérieuses de la foi, elles procurèrent les plus utiles réformes. En une

1 Maynard, t. III, p. 301.

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