‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 154 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

année, qui fut la première de l'œuvre, il y eut plus de sept cent soixante abjurations, tant de Turcs blessés et pris sur rner que de luthériens et de calvinistes. Les iDOurgeois de Paris en vinrent à demander à être admis à l'Hôtel -Dieu comme pauvres, en payant leurs dépenses, afin de jouir des soins des dames de Charité.

Pendant qu'une commission dirigée par la présidente Goussault s'occupait des malades de l'Hôtel -Dieu, une autre corrimissiôn créée et présidée par M"*® la présidente de Lamoignon s'occupait des prisonniers. La première catégorie qu'on eut d'abord en vue fut celle deè prisonniers pOur dettes, pauvres malheureux tombés dans la misère , et qui payaient de leur liberté l'impossibilité où ils étaient de satisfaire leurs créanciers ! Les damés allaient les voir, examinaient l'origine de leur^s dettes, les amenaient à avouer bien des fautes, leur donnaient des consolations et des conseils d'autant mieux acceptés qu'ils étaient accompagnés du paiement de leurs dettes et de l'ouverture des portes de leur prison. Une somme considérable fut mise chaque année par la cour entré les mains dés dames de Charité, pour les aider dans une si belle œuvré. Du soulagement des prisonniers pour dettes on passa naturellement au soulagement et à la visite de tOuë les autres prisonniers , et saint Vincent dé Paul voulut qu'elle s'étendit jusqu'aux galériens, pour lesquels un riche financier, M. Cornuel, venait de faire une belle fondation. « J'attends, écrivait saint Vincent de Paul, la fille de M. Cornuel, qui a laissé six mille livres de rente aux forçats, pour traiter de la manière de les assister^. » Là duchesse d'Aiguillon y ajouta peu après 1,500 livres de rente, et le soin des prisonniers de tous les noms devint une des œuvres les plus florissantes des dames de l'Assemblée, '^'autres œuvres absorbaient encore les ressources,

' Lettres de saint Vincent de Paul, fc. I, p. 288, ft" 273.

les dévoilements personnels de rassemblée des Dames : l'œuvre des jeunes filles de M'^® PoUalion, Thospice des vieillards, les filles de la Madeleine, mais surtout l'œuvre des enfants trouvés. Aucune n'a couronné le front de saint Vincent de Paul d'une plus sublime auréole; mais nulle peut-être ne lui a demandé plus de cœur, de dévouement, de sacrifice.

Qu'y a-t-il de plus beau que l'enfant? Et cependant, avant Jésus -Christ, qu'y a-t-il eu de plus abandonné, quelquefois de plus foulé aux pieds? Si peu qu'il fût faible, débile, on le jetait au ruisseau. La divine douceur du christianisme n'avait pas encore achevé, au xvn* siècle, de détruire ces mœurs infâmes. « Un soir que saint Vincent de Paul revenait d'une mission, il trouva sous les murs de Paris un mendiant occupé à déformer les membres d'un de ces enfants, qui devait servir ensuite à exciter la compassion publique. Saisi d'horreur , il accourt : « Ah ! barbare , s'écrie-t-il , vous m'avez bien trompé ; de loin je vous avais pris pour un homme. » Il lui arrache sa victime , l'emporte dans ses bras et se rend dans la rue Saint -Landry*. » Là se trouvait une maison nommée la, Couche, où il était d'usag-e de porter les enfants trouvés ; maison pauvre , nullement organisée , dont toute l'administration consistait en une veuve et deux servantes, et où les rapports de police constatent qu'il était porté trois à quatre cents enfants par an. Notre saint , ému de ce qu'il venait de voir et d'apprendre , réunit l'assemblée des Dames et les attendrit de ses révélations. Une commission fut nommée pour aller visiter la maison de la Couche, et on apprit des horreurs. On trafiquait de ces enfants d'une manière honteuse. On les vendait ou on les abandonnait à la moindre maladie ; et ce qui est une horreur pour des chrétiens, la plupart mouraient sans

* Maynard, t. III, p. 329.

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