‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 156 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE

il est temps de prononcer leur arrêt, et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront, si vous continuez d'en prendre un charitable soin ; et , au contraire , ils mourront , ils périront infailliblement, si vous les abandonnez : l'expérience ne vous permet pas d'en douter. »

« L'assemblée ne répondit d'abord que par des larmes, et, revenue à elle-même, elle décida tout d'une voix que la bonne œuvre serait continuée*. »

Elle continua en effet. Aidée des secours de saiiit Vincent de Paul , soutenue par de nouvelles lettres patentes du roi, elle traversa le xvm^ siècle, pénétra royalement dans le xix% et elle forme encore aujourd'hui sur la tête de saint Vincent de Paul et sur celle

de la Religion et de l'Eglise une auréole devant laquelle s'incline tout homme qui a du cœur.

Cependant les confréries de la Charité dont nous avons raconté l'orig-ine et l'extension au chapitre v du premier livre se propageaient de plus en plus ; elles ne tardèrent pas à pénétrer dans Paris, où elles produisirent les mêmes fruits qu'en province. En 1629, l'œuvre fut établie sur la paroisse Saint -Sauveur, puis sur celle de Saint- Nicolas-du-Chardonnet, et successivement dans presque toutes les paroisses de la ville. Mais, avec le temps, le relâchement s'introduisait dans les associations, des abus s'y glissaient, le règlement n'était pas toujours observé. Pour remédier au mal et entretenir partout l'unité et ranimer la ferveur, saint Vincent envoyait de temps en temps quelques dames pieuses et zélées visiter les confréries et leur communiquer le feu sacré. Une des premières envoyées et des plus constamment chargées de ce ministère fut M^^^ Le Gras. Nous la voyons, dès 1629, après avoir reçu la bénédiction de saint Vincent de Paul , prendre le coche

i Maynard, t. III, p. 336,

de Champagne qui logeait à l'enseigne du Cardinal, vis-à-Aas Saint- Nicolas -des -Champs, et se rendre successivement à Montmirail et dans les villages voisins. Elle portait avec elle du linge , une petite pharmacie et quelque argent. Elle descendait à Téglise , allait saluer le curé, et lui demandait avec son autorisation et sa bénédiction les renseignements nécessaires. Puis elle convoquait l'assemblée des dames s'il y en avait une, essayait d'en établir s'il n'y en avait point, réunissait les jeunes filles, leur parlait de l'amour des pauvres, et tâchait de les enthousiasmer et de les décider à se mettre à leur service. L'année suivante, en 1630, elle visita Saint-Cloud, Villepreux, Villiers-le- Bel, Liancourt et Bulle, et poussa jusqu'à Beauvais, où elle trouva dix -huit assemblées établies déjà par l'évêque. Elle réunit successivement ces dix-huit assemblées , et , ravie d'un tel mouvement de charité , ne sachant plus contenir sa joie, elle parlait en de tels termes , que les hommes venaient se cacher derrière les portes pour l'entendre. Quand elle partit, tout le peuple l'accompagna sur la route , loin de la ville , en la comblant de bénédictions. Au retour de ce voyage, elle se reposa un instant à Paris , puis elle repartit , visita Senlis, Verneuil, où elle descendit chez un boulanger nommé Lacaille; Pont-Saint -Maxence, où elle nous apprend qu'elle logea à l'enseigne de la Fleur-de- Lys ; à Gournay , à la Neufville-le-Roy , et une seconde fois à Bulle ; partout se faisant rendre compte du résultat des quêtes à domicile, de l'emploi des fonds de réserve , destinés à acheter des terrains , des troupeaux de moutons selon les pays, pour se créer des rentes; enfin de la tenue des registres de comptabilité, et de celui où l'on inscrivait les noms des membres de l'assemblée. A la fin de cette même année 1631 , nous la voyons partir pour la Champagne ; mais là elle est tout à coup arrêtée par l'évêque de Châlons, un saint

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