LIVRE III. — CHAPITRE I
me dit : « Quelle femme êtes- vous? êtes-vous mariée? J'ai tant ouï parler d'une M"^ Acarie ! mais je pense que vous en êtes une autre. » Le soir, à l'hôtellerie, elle passa toute l'après-soupée à entretenir l'hôtesse, qui avait une grande affliction de son fils.
(( Le lendemain, à Angerville, n'ayant point d'Hôtel- Dieu à visiter, elle se rendit à l'église, où elle trouva quantité de pauvres et d'enfants qui l'attendaient. Elle leur apprit à faire le signe de la croix , que la plupart ignoraient, ce dont elle eut grand'pitié.
(( A Arthenay , elle fit le grand catéchisme à l'église. (( A Orléans , elle visita l'Hôtel-Dieu , riche à ce qu'on lui dit; mais les malades n'en étaient pas mieux, parce que les religieuses , en trop petit nombre , se reposaient de leurs soins sur des servantes. Elle s'était proposé de faire quelque séjour à Orléans; logée chez des huguenots, elle s'y déplut si fort, qu'elle repartit dès le jour même.
« A Blois, elle trouva beaucoup de dévotion, mais l'Hôtel-Dieu point visité et mal en ordre. Les Pères Jésuites exhortaient pourtant les dames à la visite des malades ; mais , comme le lui dit une de ses cousines , Dieu attendait sa venue pour leur montrer qu'à Paris les femmes de qualité pratiquaient cette œuvre charitable , et pour les porter à suivre un tel exemple.
(( Ainsi se poursuivit et s'acheva ce voyage, où Dieu et la charité eurent tout, sans qu'il restât rien à la curiosité ni à la dissipation.
ce A son arrivée à Angers, deux messieurs vinrent audevant d'elle et l'empêchèrent, ce jour-là, de faire sa preniière visite à l'Hôtel-Dieu. Il lui fallut subir un souper magnifique, une réception splendide. oc On la traita du grand. » Le lendemain , visite de messieurs de la justice et des principaux delà ville ; elle a ^rand'peine à se dérober pour se rendre à l'Hôtel-Dieu , qu'elle trouve en assez bon ordre. Pendant son séjour à An-
gers , elle visite les prisons , dans la pensée que Notre- Seigneur a dit en l'Evangile : ce J'ai été prisonnier. » Elle distribue. des aumônes, des images et chapelets; elle délivre de pauvres faux-saulniers qui lui faisaient grand'pitié. « Ce qui est déplaisant, ajoute -t- elle, c'est que tout est su dans la ville ; et toujours l'on en dit plus qu'il n'y en a. »
(( Elle fait le catéchisme en présence des demoiselles d'Angers pour leur en apprendre la méthode, et l'une d'elles lui dit : ce L'on A'oit que vous aimez bien les pauvres et que vous êtes à la joie de votre cœur parmi eux. Vous paraissez deux fois plus belle en leur parlant. )) Un prêtre même lui dit qu'il s'estimerait bien heureux de pouvoir finir ses jours auprès d'elle sans gage ni récompense , mais seulement pour ouïr les paroles qui sortiraient de sa bouche. « Or sus, mon Père, se hâte d'ajouter l'humble femme effrayée, c'est à vous que j'écris, et dans la confiance que vous louerez Dieu et l'aimerez pour sa miséricorde infinie... Mon Père, priez -le qu'il rabaisse mon orgueil par quel moyen il lui plaira ; je suis prête à tout perdre et à tout quitter, préférant l'humilité à toutes les consolations et biens. ))
(( Dès lors les demoiselles venaient prier Dieu et s'instruire avec elle. (( Si vous étiez ici un an, lui dit une bonne femme, vous convertiriez toute la ville. )) Ce qui plaisait en M™® Goussault , c'était sa simplicité , sa condescendance jointe à sa vertu. Elle ne faisait point la réformée, vivait à bon escient et allait à sa paroisse. Elle jouait volontiers une heure au trictrac, résolue d'obéir et de condescendre en tout ce qui n'était pas péché. Aussi de son séjour à Angers elle ne garda qu'un remords, ce fut d'avoir refusé de se faire peindre. (( C'est la coutume, écrit- elle; il n'y a pas si petite bourgeoise qui ne le soit, et, après leur mort, on met leur portrait à l'église auprès de leur tombe. Or je leur