LIVRE III. — CHAPITRE I
refusai et m'en suis repentie ; car il me semble que c'était par une fausse humilité de ne vouloir pas paraître si vaine que de se faire peindre , et qu'il y a plus de vertu à le faire par condescendance ^ , ))
N'est-ce pas que voilà de grandes dames qui employaient bien leur temps ? Elles rayonnaient autour de Paris, à une profondeur de trente à quarante lieues, jusque par delà la Loire, jusqu'au fond de la Champagne, aux confins de la Bourgogne, partout occupées à réveiller la charité , et par leurs paroles , et encore plus par leurs exemples, à allumer dans les âmes l'amour des pauvres-.
A ce mouvement magnifique, il y eut tout à coup comme un couronnement suprême. La reine, ayant entendu parler du bien que faisaient, à Paris et ailleurs, les assemblées des dames de Charité, voulut en avoir une taillée sur le même modèle , mais présidée par elle , et uniquement composée des princesses et des dames de la cour. Elle demanda à Vincent de Paul d'en faire le règlement. On ne le lit pas sans admiration.
(( La compagnie des dames de Charité de la cour sera composée de la personne sacrée de la reine et d'un petit nombre certain et limité des dames qu'il lui plaira de choisir à cet effet.
(( Lesdites dames assisteront les compagnies de la Charité de l'Hôtel-Dieu, des enfants trouvés, des forçats , des petites-filles de jVr^® Pollalion et de l'Etang , et des pauvres filles servantes de la Charité des paroisses , des filles de la Madeleine , et généralement tous les bons œuvres institués par des femmes en ce siècle.
ce Elles seront députées tour à tour , trois à trois , pour avoir soin de chacune desdites compagnies, et en rap-
^ Maynard, t. III, p. 260, 262.
2 Voir p. 360, note. — Histoire de M^^^ Le Gras, fondatrice des Filles de Charité; Paris, Poussielgue, 1883, p. 120.
porteront l'état et les besoins à ladite compagnie pour résoudre les besoins qu'elles auront trouvés à la pleuralité des voix qui seront colligées et résolues par Sa Majesté, et auront ces départements un an durant, au bout duquel elles en changeront au sort ; et la reine aura la direction perpétuelle de ladite Compagnie.
ce Lesdites dames s'étudieront à acquérir la perfection chrétienne et de leur condition, feront oraison mentale une demi -heure pour le moins et entendront la sainte messe, liront un chapitre de V Introduction à la vie dévote ou de l'Amour de Dieu^ feront l'examen général chaque jour, et se confesseront et communieront au moins tous les huit jours,
(( Elles s'assembleront où la reine commandera tous les premiers vendredis du mois, et s'y entretiendront humblement et dévotement, une demi-heure durant, des choses que Notre-Seigneur leur aura données à l'oraison le matin du jour de l'assemblée, sur le sujet qui leur aura été donné des vertus chrétiennes propres à leur condition. Rapporteront ensuite par ordre les difficultés et les besoins qu'elles auront trouvés chacune dans la compagnie qui leur aura été destinée, et Sa Majesté ayant ouï et fait opiner lesdites dames sur ce sujet, ayant colligé les opinions d'elles , commandera ce qu'elle trouvera pour le mieux devant Dieu.
(( Elles auront pour maxime de ne pas traiter là des affaires particulières ni générales , notamment de celles d'État, ni de se servir de cette occasion pour faire leurs affaires , honoreront la reine et affectionneront son service d'une affection toute particulière, et s'entre -chériront les unes les autres comme des sœurs que Notre- Seigneur a liées du lien de son amour , s'entr'assisteront et consoleront en leurs maladies et afflictions , communieront à l'intention des malades et de celles qui décéderont, et honoreront enfin le silence de Notre-Seigneur en toutes les choses qui regarderont ladite compagnie ,