‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 168 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

se rendait toutes les semaines à la petite maison de la rue du Cardinal -Lemoine, accompagné de M. Portail, ou, en son absence, d'un autre prêtre, pour y faire une conférence sur les vertus qui convenaient davantage aux filles de la Charité. Avant Touverture de chaque séance, on se mettait à genoux et on disait le Veni sancte. Puis le saint indiquait le sujet qu'on devait traiter, sur lequel les sœurs , averties d'avance par un petit billet, avaient dû faire leur oraison. Il commençait par les interroger: « Vous, ma sœur, qui êtes au premier rang, quelles raisons avons -nous de pratiquer telle ou telle vertu ? » Et quand la sœur avait parlé : « Et vous, ma sœur, qui venez après, avez-vous quelque autre raison? Et vous, ma sœur, qui êtes là-bas, au bout, près de la fenêtre? Et vous, ma sœur? etc. etc. « Saint Vincent de Paul en interrogeait ainsi dix ou quinze , écoutant avec attention les raisons qu'on donnait, y applaudissant souvent. « Oh bien ! ma fille, que cela est vrai ! Quelle belle raison vous avez trouvée î Dieu soit béni ! Mon Dieu, mes filles, que c'est beau ! » Souvent il terminait les interrogations en s'adressant à M^^® Le Gras : « Et vous , Mademoiselle , pourriez-vous nous dire aussi quelque chose? •>•> Le saint reprenait alors ce qui avait été dit ; il notait ce qui était plus important, le développait et l'approfondissait encore, concluant toujours par quelque considératiozi et résolution pratiques.

Rien n'est simple, vivant, pénétrant comme ces conférences ; c'est un père qui cause à l'abandon et à cœur ouvert avec ses filles. Nulle recherche de style, nul éclat de parole, mais un entrain singulier, l'entrain du cœur, l'ardeur des choses qu'on aime, des saillies charmantes, une science qui ne parvient pas à se cacher, des trésors infinis d'expérience et de connaissance du cœur humain, avec des élans d'amour de Dieu et des abaissements d'humilité incomparables. Tout cela saisi

sur le vif par M"® Le Gras ou par une de ses filles, et écrit immédiatement en cachette sans avoir été revu par personne, en sorte que tout ici est conservé dans sa fraîcheur et sa simplicité primitives ^

Il faudrait donner quelques exemples. Mais comment choisir dans ces deux volumes de plus de mille pages, tout pleins de Tesprit de saint Vincent de Paul ? Un des sujets sur lesquels le saint aimait à revenir, c'était l'orig-ine obscure, pauvre, d'autant plus merveilleuse, de la Gongrég'ation. Qui l'avait faite? Etait-ce lui? Oh ! nenni, ni lui, ni M. Portail, ni M^^^ Le Gras ; personne n'y avait songé; c'était donc Dieu. « Une compagnie comme la vôtre, qui est destinée à des emplois si excellents, si agréables à Notre -Seigneur et si utiles au prochain , ne peut avoir d'autre auteur que Dieu même; car jusqu'alors avait-on ouï parler d'une telle œuvre ? )> Et pourquoi Dieu a-t-il fait cette œuvre ? Pour servir les pauvres , et pour les servir d'une manière nouvelle, inconnue- jusque-là. On avait vu, à la vérité , des religieux et des hôpitaux pour l'assistance des malades ; il y avait aussi des religieuses qui s'étaient consacrées à Dieu pour les servir dans les hôpitaux ; mais jusqu'à vous il ne s'était point trouvé de communauté qui se fût dédiée pour aller servir les malades dans leur chambre ; et si, dans quelque pauvre famille, quelqu'un tombait malade , on l'envoyait à l'hôpital, et ainsi on séparait le mari de sa femme et les enfants de leurs père et mère; jusqu'alors, ô mon Dieu, vous n'aviez point fourni de moyens de les aller secourir chez eux, et il semblait en quelque façon que votre providence adorable, qui ne manque à personne, n'étendait point ses soins sur eux. Pourquoi pensez-vous ,

1 Conférences de saint Vincent de Paul aux Filles de la Charité; 2 vol. in-S". Paris, Dumoulin, rue des Grands-Augustins, 5, 1881.

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