‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 169 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

mes chères sœurs , que Dieu ait attendu à leur susciter des secours ? Oh I c'est que cela vous était réservé. Oui, comme notre sœur a fort bien remarqué, vous étiez destinées de toute éternité pour cet emploi et pour y être mises les premières. Quel avantage, mes filles I car celles -là sont les premières d'un ordre , lesquelles y entrent durant le premier siècle de son établissement ; ce premier siècle est un siècle d'or ^ «

Pour maintenir ses filles dans l'humilité, il revient sans cesse sur leur pauvreté d'origine. Qui sont- elles ? Des villageoises , des campagnardes , d'humbles filles des champs. « Voyez -vous, mes sœurs, la plupart d'entre vous êtes des filles grossières, qui avez été nourries dans la rusticité , aussi bien que moi , qui gardais les troupeaux dans ma jeunesse ^. »

Et encore : « Vous êtes pour la plupart des filles de basse extraction. Oh ! que Dieu nous a fait une grande grâce , à vous et à moi , de nous avoir choisis de la lie du peuple pour se servir de nous ! Ce qui étant ainsi, est-ce à nous de nous élever au-dessus de ce que nous sommes ? Et si le monde se méprend en faisant plus d'estime de nous que nous n'en méritons, est-ce à nous d'en abuser ? Je dis plus : quand vous seriez d'extraction noble, comme il y en a parmi vous quelques-unes, vous ne devriez point vous en prévaloir. Le Fils de Dieu, comme homme, n'était-il pas d'extraction royale ? et néanmoins, ne le voyez-vous pas s'abaisser et s'adonner à une continuelle mortification ? Il ferait beau voir qu'une fille vînt à Paris sous un désir apparent de servir Dieu et de travailler sans relâche, et qui, y étant arrivée, chercherait des commodités qu'elle n'avait pas dans le monde, s'élèverait au-dessus de ce qu'elle est, oublierait sa basse naissance et qu'elle ne mangeait

' Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 211. 2 Ibid., p. 103.

chez elle qu'un peu de potage , du laitage , des fruits et rarement de la viande: cela ne serait -il pas bien à déplorer * ? Tenez pour certain que, du moment que vous quitterez votre manière de vie simple et grossière, que vous laisserez votre vêtir simple et abject, avec votre coiffure et autres pratiques qui vous tiennent dans l'humiliation, vous commencerez dès ce moment à déchoir, premièrement, de la grâce de Dieu, et ensuite de l'estime que l'on a fait jusqu'ici de vous, parce qu'il a paru, dans votre façon de vie, que vous étiez humbles et vertueuses ; c'est pour cela que les dames font maintenant état de vous, c'est pour cela qu'elles vous aiment et vous honorent, et c'est pour cela qu'on vous demande de plusieurs endroits ^. »

A ce moment, une sœur dit sa coulpe et avoua qu'elle était tombée dans bien des fautes sous ce rapport. « Oh ! Dieu soit béni ! dit le saint, je le prie d'accepter cet acte de pénitence pour satisfaction des fautes dont vous vous sentez coupable ^. Il me semble que la vaine gloire ne devrait point être parmi vous et y trouver entrée, d'autant que vous êtes, pour la plupart, de pauvres filles des champs , des filles de laboureur, comme moi ; en un mot, nous ne sommes que bien peu de chose. Quant à ce qui est de l'habit et de la coiffure que vous portez, vous n'avez point sujet d'en tirer de la vanité ; ni du côté de l'esprit, car vous ne pouvez pas l'avoir bien relevé. Pour la nourriture, les pauvres sont quasi comme vous : un peu de bœuf, et voilà tout ; il n'y a point là sujet de vous estimer ou de présumer; ni pour les conversations , car vous ne fréquentez presque que les pauvres, et vous êtes leurs servantes ^. »

' Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 148.

2 Ihid., p. 151.

' Ihid., p. 154.

* Ibid., p. 586,

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