‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 170 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

On remarquera la délicatesse du saint, qui ne dit jamais à ses filles : « Vous êtes des pauvres , des villageoises, » sans ajouter : « comme moi. » C'est de l'humilité d'abord, de l'habileté ensuite.

Si le temps ne pressait pas , il y aurait à lire ici tout entière une importante et charmante conférence sur les vertus des bonnes filles de village. « Mes sœurs, je m'étais proposé de vous parler le jour de sainte Geneviève, et comme elle était une pauvre fille de village, mon dessein était de vous entretenir de ses vertus et de celles des vraies filles de village , en ce que les premières qui sont entrées dans la compagnie ont été des filles de village ; et puisque je n'ai pas pu vous faire la conférence ce jour-là, à raison de quelque empêchement qui m'est survenu, j'ai résolu de la faire aujourd'hui sur ce sujet, et je la ferai volontiers à cause de la connaissance que j'en ai, par expérience et par nature, étant l'enfant d'un pauvre laboureur, et ayant demeuré à la campagne jusqu'à l'âge de quinze ans. Notre exercice , depuis de longues années , a été parmi les villageois. Et on peut dire qu'il n'y a guère de personnes au monde qui connaissent mieux leurs mœurs que les prêtres de la Mission. Je vous dirai donc qu'il n'y a rien de meilleur que les personnes qui ont véritablement l'esprit des villageois. On ne voit rien qui soit plus rempli de foi et qui ait plus de recours à Dieu dans leurs besoins et de reconnaissance dans leur prospérité. Et d'abord les vraies filles de village sont extrêmement simples ; elles n'usent ni de finesse ni de paroles à double entente ; elles ne sont point entières dans leurs opinions, ni attachées à leur sens, et croient tout simplement ce qu'on leur dit. C'est en quoi vous devez les imiter.

« On remarque une grande humilité dans les vraies filles de village; elles ne se glorifient point de ce qu'elles ont, elles ne parlent point de leurs parents,

elles ne pensent point avoir de l'esprit, elles vont tout bonnement; et quoique quelques-unes aient du bien plus que les autres filles , elles n'en sont pas pour cela plus suffisantes, mais vivent également avec toutes.

« Ordinairement il n'en est pas de même des filles de ville, lesquelles parlent toujours de leur maison, de leurs parents, de leurs commodités, et même se vantent souvent d'avoir ce qu'effectivement elles n'ont pas.

« C'est ainsi qu'il faut que vous en agissiez toujours, et que les filles de maison qui sont dans la compagnie travaillent à acquérir le vrai esprit des bonnes villageoises et s'efforcent de les imiter dans leur manière de vivre.

« Je vous dirai qu'il y en a parmi vous qui ont cet esprit, et qui me donnent bien de la consolation toutes les fois que je les vois; et lorsque je les rencontre, ayant par les rues la hotte sur le dos, je ne puis vous exprimer la joie que cela me cause, tant elle est grande. Oh! Dieu en soit béni!

« Les bonnes filles de village ont une grande sobriété pour le manger; souvent la plupart se contentent de pain et de potage, bien qu'elles ne cessent point de travailler, et en des ouvrages pénibles. C'est ainsi qu'il faut que vous fassiez, si vous voulez être les vraies filles de la Charité.

a Ne pensez pas que vous soyez les seules qui ayez une pauvre nourriture : en quantité d'endroits les pauvres gens mangent rarement du pain; dans le Limouzin, ils n'ont le plus souvent que du pain de châtaignes; au pays d'où je suis, savez -vous de quoi se nourrissent les bonnes gens durant une bonne partie de l'année? Ils se nourrissent de millet, qu'ils mettent cuire dans un pot. Oh ! que la sobriété est nécessaire aux filles de la Charité î

a Les bonnes filles des champs, telle qu'était la

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