‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 17 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

à Château -FEvêque, Vincent.de Paul y eût dit le lendemain sa première messe. Mais son vieux Buzet le réclamait. Peut-être M. et M™^ de Grossoles et leurs deux enfants avaient assisté à son ordination , et s'étaient-ils empressés de l'emmener à Buzet pour jouir de sa première messe. Pourtant ils ne purent obtenir que saint Vincent de Paul la dît au château et en présence de toute la famille. A vingt minutes de Buzet se trouvait une vieille petite chapelle dédiée à la sainte Vierge ; elle était placée au sommet d'une montagne , et cependant perdue dans les bois. Combien de fois il y était venu! La tradition montre le sentier qu'il suivait en y allant. Que de grâces il y avait reçues ! C'est là qu'il résolut de dire en secret sa première messe. Plus tard, dans quelques jours, il admettrait à sa messe les bons habitants du château ; mais , pour cette première messe , il voulait être seul , absolument seul , avec un prêtre , les rubriques le voulant , et un petit enfant de chœur. « On lui a ouï dire, écrit Abelly, qu'il avait une telle

thentique que nous produisons fait disparaître toutes les incertitudes :

« François de Bourdeilles, par la grâce divine évêque de Périgueux, nous faisons connaître à tous que le jour ci -dessous inscrit, célébrant la messe et conférant les ordres sacrés dans l'église de Saint -Julien de notre château épiscopal, nous avons jugé à propos d'élever et avons promu dans le Seigneur, avec l'aide du Saint-Esprit et suivant les formes canoniques, à l'ordre sacré de la prêtrise le cher maître Vincent de Paul , diacre du diocèse de Dax, jugé apte et digne, et dûment adressé à nous par son évêque , ainsi qu'il en est fait foi dans son dimissoire.

« Donné comme ci-dessous, sous notre seing et le contreseing de notre secrétaire, ci-dessous inscrit, le samedi, jour des Quatre-Temps, après la fête de la Sainte-Croix, le 23 septembre de l'an du Seigneur 1600.

« Par mandement de Monseigneur : J. Jourdansau. » (Le sceau au-dessous.) L'abbé Granger, Ordination de saint Vincent de Paul dans l'église de Chàteau-V Évêque, p. 31.

appréhension de la majesté de cette action toute divine , qu'il en tremblait ; et que , n'ayant pas le courage de la célébrer publiquement , il choisit plutôt de la dire dans une chapelle retirée à l'écart, assisté seulement d'un prêtre et d'un servant. » Longtemps on a vu, dans les chaumières , une vieille image qui représentait la première messe de saint Vincent de Paul. Au bas de la gravure on lisait : « Saint Vincent de Paul dit sa première messe dans une chapelle de la sainte Vierge qui est de l'autre côté du Tarn , sur le haut d'une montagne et dans les bois ; il choisit ce lieu solitaire pour faire le divin sacrifice avec moins de trouble et dans le plus profond recueillement , n'étant assisté , selon la coutume, que d'un prêtre et d'un clerc pour la servir. » Mais ce que ni le pinceau ni la plume ne pourront jamais rendre, ce sont les sentiments dont fut animé alors celui que saint François de Sales appelait « le plus saint prêtre de ce siècle* ». La vue des grandeurs du sacerdoce le jetait dans le ravissement. Penser qu'un homme , un simple et pauvre homme comme lui , pouvait, avec quelques mots de sa bouche misérable, faire descendre du Ciel et placer Jésus- Christ sur l'autel, excitait en lui une admiration étonnée et attendrie dont il n'était pas le maître. Pour accomplir de telles choses , il eût fallu être plus qu'un ange , plus pur , plus ardent qu'un séraphin. Et qu'était-il lui, Vincent? Il n'a plus cessé de dire pendant tout le reste de sa vie que s'il avait su ce que c'était que d'être prêtre , il eût mieux aimé labourer la terre que de s'engager dans un état si redoutable^. Il a été prêtre l'espace de soixante ans, et de ces sentiments divins de sa première messe , il n'est jamais revenu , ou plutôt d'année en année il est monté plus haut.

1 Abelly, t. I, p. 11.

2 Lettre à labbé de Saint -Martin.

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