LIVRE III. — CHAPITRE II
manne spirituelle et que vous leur communiquiez l'esprit de Dieu ^
« Mais, direz -vous, nous qui sommes si ignorantes, devons-nous donc instruire les pauvres? Oui, mes chères filles , et vous ne devez pas craindre de le faire ; mais , avant tout , n'oubliez pas de demander humblement à Dieu ce que vous devez leur dire , et il ne manquera pas de vous Finspirer. Oh ! qu'il est beau , qu'il est touchant de voir qu'avec la peine que vous prenez , vous ayez des paroles de piété qui montrent que votre cœur est rempli de l'amour de Dieu et que vous en faites part à vos chers pauvres ! Oh ! mes chères filles , faites tout ce que vous pourrez pour les servir de cette manière , et dorénavant faites-vous un cas de conscience d'être avec un pauvre sans lui donner quelque instruction ^. »
Et c'est surtout à l'heure de la mort qu'elles devaient redoubler de zèle.
« Ayez grand soin de l'instruction de ces pauvres gens; enseignez-les à bien mourir. Quelles consolations, mes chères filles, d'aider ces bonnes gens à aller au ciel ! Oui-da, vous les conduirez au ciel en les instruisant des moyens de bien servir Dieu. Ah! mes sœurs, vous ferez de grandes choses, si vous êtes fidèles à Dieu^. »
Afin qu'aucun moyen humain ne leur manquât dans l'accomplissement de leur importante mission, saint Vincent de Paul voulait qu'elles eussent toute la science dont elles étaient capables ; il tenait surtout à ce qu'elles apprissent à lire , à écrire , à compter.
« Il est bien à désirer que vous le sachiez toutes, non pour être savantes , car la science ne fait souvent qu'enfler le cœur et élever l'esprit mal à propos , en le
' Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 204.
2 Ibid., p. 193.
3 Ibid., p. 261.
remplissant d'orgueil, mais afin de vous faciliter le moyen d'observer plus exactement vos règles , de tenir vos comptes de recettes et de dépenses en bon état, de donner de vos nouvelles des lieux éloignés où vous serez, d'assurer vos supérieurs de vos respects et de votre dépendance, surtout d'enseigner ces pauvres petites filles de village; en un mot, afin que vous soyez plus en état de servir Dieu *. »
En même temps que saint Vincent de Paul formait ses filles à la visite et au soin des pauvres, il s'appliquait à les établir dans ces vertus de douceur, d'union réciproque, de respect cordial, d'humilité et de modestie qui sont la parure et la force de la vie religieuse. Il voulait qu'elles eussent entre elles-mêmes, dans l'intérieur de la maison, une modestie angélique.
« Les sœurs, disait-il, se souviendront aussi de ne point faire de bruit dans les chambres en allant par la maison , ou fermant et ouvrant les portes , particulièrement pendant la nuit; et dans le temps où il leur est permis de converser ensemble, elles prendront garde de ne pas trop élever la voix, mais s'étudieront à parler toujours d'un ton fort modéré, comme il est convenable à leur état et à l'édification qu'elles doivent au prochain ^. »
Mais cette modestie n'était rien à ses yeux à côté du respect cordial qu'elles se devaient les unes les autres dans la maison. Respect cordial, c'est-à-dire qui monte du cœur et qui se compose à la fois de vénération et de tendresse. « Mais, me dites-vous, cette sœur est une pauvre fille. Oh ! oh ! et c'est une âme qui était honorée de la recherche d'un Dieu , lequel , après qu'elle y a consenti , l'a prise pour son épouse : à quelle plus haute dignité peut-elle être élevée! Si
* Conférences aux Filles de Charité , t. I , p. 190. 2 Ihid., p. 281.