‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 174 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

cette fille était demoiselle dans le monde , elle a quitté sa coiffure pour prendre cet habit de mépris et pour se donner à Dieu dans un état de bassesse, d'humiliation et de peine, ce qu'elle a fait parce qu'elle a cru que Dieu le demandait d'elle : hé! voulez-vous rien voir de plus digne d'estime ^ ?

« Une fille viendra de cent lieues, de Flandre, de Hollande, pour se consacrer à Dieu dans le service des personnes les plus abandonnées du monde, n'est-ce pas courir au martyre? Oui, sans doute, un saint Père dit que celui-là est martyr, lequel, se donnant à Dieu pour rendre service au prochain, souffre volontiers tout ce qui se rencontre de difficile et de fâcheux dans cet emploi ^. »

On pense bien que saint Vincent de Paul, qui voulait ses filles si modestes dans l'intérieur de la maison et de sœur à sœur, se préoccupait bien davantag-e de leur modestie au dehors.

« Vous devez être dans tous les temps d'une modestie exemplaire. Et que serait-ce de voir une fille de la Charité aller par les rues comme une évaporée, ou regarder de côté et d'autre? mes filles, s'il en était ainsi, le monde dirait bientôt que cette fille perdra sa vocation , et que , si les autres se conduisent de même , la compagnie ne saurait subsister. Vraiment, je suis bien édifié quand je rencontre par les rues quelqu'une d'entre vous; Dieu en soit béni! Il m'est toujours demeuré dans l'esprit la grande modestie d'une sœur que je rencontrai venant de quelque lieu. Je lui demandai qui était la personne à qui elle venait de parler. « Hé! Monsieur, me répondit-elle, je n'y ai point pris « garde. » Mes filles, voilà comme il faut faire ^. »

* Conférence aux Filles de Charité, t. I, p. 227. 2 Ibid., p. 228.

^ Ibid., p. 57.

Cette modestie si grande dans les rues , vis-à-vis des gens du monde , il la voulait plus délicate encore visà-vis des ecclésiastiques : « mes filles, évitez toute sorte de familiarité avec MM, les ecclésiastiques, mais ayez pour eux le plus grand respect ; oui , il n'y a personne au monde qu'on doive davantage respecter que les ecclésiastiques : ce sont eux qui dans la messe changent le pain et le vin au corps et au sang de Jésus- Christ, en prononçant les paroles sacramentelles; ce sont eux qui , par le moyen des sacrements , nous remettent en grâce avec Dieu et qui de ses ennemis nous rendent ses amis , et qui ont le pouvoir d'arracher nos âmes d'entre les mains du diable, pour les remettre entre celles de Dieu. mes filles, nous ne pouvons point trop honorer ceux qui ont le caractère du sacerdoce !

« C'est pourquoi ne leur parlez jamais qu'avec une singulière modestie, en sorte que vous n'osiez presque pas lever la vue en leur présence ; respectez leur sainteté, s'ils en ont; et s'ils n'en ont pas qui vous soit connue, respectez la sainteté de leur caractère et le rang qu'ils tiennent dans l'Eglise de Dieu. Quand vous aurez à leur parler pour les nécessités de vos malades , faites -le brièvement et succinctement, et que ce ne soit jamais dans leur logis; oh! non, jamais; j'aimerais mieux que vous les attendissiez à l'église. Que si, pour quelque nécessité pressante, mais je dis bien pressante , et qui ne peut point se remettre , vous ne pouvez vous dispenser d'aller chez eux, oh! n'y allez jamais seules et sans une compagne qui ne vous quitte point. Et qu'est-ce qu'une fille seule irait faire chez un prêtre? et que dirait-on? Oh! non, il ne le faut pas absolument; quand le cas pressera, vous pourrez prendre votre sœur avec vous , et , étant arrivées dans sa maison , lui dire l'affaire pour -laquelle vous y êtes venues , ensuite vous retirer tout aussitôt ; autre chose ,

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